Au Pérou, on vit l’histoire. Ses rues, ses ruines, nous rappellent au quotidien le passé chargé et passionnant de ce pays.
Découvrez l’histoire du Pérou avec Pasión Andina.

  • Période paléo-américaine
  • Période archaïque (-7600 / -2600)
  • Période formative (-2700 / -200)
  • Période de développement régional (-200 – 900)
  • Les foyers de Moche et de Sipan
  • La civilisation Huari
  • L’Empire Tiahuanaco-Wari (700 à 1200)
  • Expansion Wari
  • Période impériale (900-1532)
  • Les Incas
  • Chronologie des souverains incas
  • Machu Picchu
  • Orfèvrerie et métallurgie
  • Médecine
  • Astronomie
  • La Conquête du Pérou (1532-1542)
  • Le Pérou Vice-Royal
  • République
  • XXe siècle
  • XXIe siècle

 

Période paléo-américaine

La première présence de l’Homme en Amérique du sud est L’homme de Guitarrero (12560 av J.C.) se trouve á 35 km au nord d’Huaraz, soit environ 19 000 ans après la traversée du Detroit de Béring. Il y a très peu de vestige de cette époque, et peu de fouilles sont engagées par manque de moyen financier.

Période archaïque (-7600 / -2600)

Les glaciers reculent, les populations se sédentarisent et le climat se stabilise en celui que nous connaissons aujourd’hui au Pérou. C’est l’essor de la plus ancienne civilisation connue d’Amérique: Caral ou Caral-Supe ou encore Norte Chico. Son âge d’or se situe entre XXXe et le XVIIIe siècle av. J.C. Cette civilisation émergea 1000 ans après celle de Summer, fut contemporaine des pyramides égyptiennes et précéda celle des Olmèques de prés de deux millénaires. Caral est une culture précéramique de l’Archaïque précolombien. Selon les recherches archéologiques, on ne trouve aucune céramique et dépourvue de réalisations artistiques, bien que l’on trouve des traces de tissage. L’architecture monumentale est sa plus grande réalisation. Des questions restent en suspens concernant l’organisation politique ainsi que la gestion des ressources vivrières.

Ruines de la civilisation Caral

Ruines de la civilisation Caral (source: andina.com.pe)

Période formative (-2700 / -200)

C’est durant cette période que les premiers villages et organisations politiques apparaissent, ce qui permet au premier état théocratique de se développer, l’Etat de Caral. La ville sacrée de Caral est inscrite au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 2009. Sechin Cerro (2100 á 1500 av. J.C) prés de Casma dans le département d’Ancash, apparait dans la continuité du développement de la Cosmovision Andine.

Apres l’ère formative apparait le premier horizon culturel marqué par la naissance de la culture Chavin. Située le long du littoral de l’Océan Pacifique, elle s’étend de 1000 av J.C jusqu’à 200 av J.C. Elle est considérée comme culture mère de toutes les civilisations andines. Cette société était dirigée par une élite de prêtres dont le culte tournait autour du Jaguar ou du Puma. Ces prêtres utilisaient pour leur culte et cérémonies le cactus hallucinogène San Pedro. Il leur permettait de rentrer en transe et pénétrait au fond du temple El Lanzon, plongé dans l’obscurité total, ils y contactaient leur dieux. Avec Chavin, nous sommes à l’apogée de la Cosmovision Andine et l’apparition de cultures différentes mais tout en gardant un héritage important de Chavin qu’ils vont conservés jusqu’a l’arrivée des conquistadors. Cette Cosmovision est encore bien marquée chez les paysans péruviens d’aujourd’hui. La cité de Chavin est inscrite au Patrimoine culture de l’Humanité depuis 1985.

Cité de Chavin (source: magazineperou.blogspot.com)

Cité de Chavin (source: magazineperou.blogspot.com)

Plus ou moins a la même période, apparait la culture Paracas, de 800 av J.C a 200 ap. J.C. Elle se situait sur le littoral sud de l’Océan pacifique. Les experts discutent sur une possible filiation avec la culture de Chavin, mais son origine reste un mystère, certains avancent une rencontre entre Chavin et Tiahuanaco. Le peu que nous savons est qu’elle était belliqueuse et produisait des textiles très richement ornés et des plus complexes. Elle est divisée en deux époques, l’une dite de Paracas des cavernes, à cause des formes des tombes trouvées, et l’autre dite de Paracas Necropolis, dut à l’immense nécropole retrouvée avec une multitude de momies.

Période de développement régional (-200 – 900)

Appelée aussi période classique, elle débute avec le déclin de la culture Chavin. Elle se caractérise par un isolement local de chaque région au sein desquelles de petites entités adoptent leurs propres modèles de développement culturel. Les frontières s’ouvrent seulement pour des échanges commerciaux.

La culture Nazca de 200 av J.C à 600 ap J.C tient son nom de la région ou elle se trouve, car son véritable nom est perdu. Elle est surtout connue pour les géoglyphes tracés dans le désert proche de la ville, ses aqueducs et des ces céramiques zoomorphes. Elle se développa à partir de la culture Paracas. Les Nazcas vivaient de l’agriculture intensive. Pour palier le manque d’eau, ils avaient développé l’irrigation en creusant de profonds puits reliés par des aqueducs, qui sont toujours utilisés de nos jours. Ils vivaient à la limite du désert afin de maximiser les surfaces cultivables. Le centre principal était Cahuachi exclusivement cérémoniel. Lors de cérémonies religieuses, des têtes humaines (d’ennemis) étaient coupées et préparées comme trophées puis enfouies. On a également trouvé des têtes humaines au front percé, permettant ainsi de les suspendre à l’aide d’une corde pourvue d’un nœud, passée dans l’orifice.

Cahuachi (source: latinamericanstudies.org)

Cahuachi (source: latinamericanstudies.org)

Les Nazcas pratiquaient aussi la déformation crânienne. On faisait porter un déformateur en cuir aux nouveau-nés, pendant un an, ce qui contraignait la croissance du crâne vers le haut. Le but était vraisemblablement esthétique. Les lignes et géoglyphes de Nazca sont inscrits au patrimoine de l’humanité depuis 1994.

Nazca décline brutalement vers 350 av J.C. Une inondation plus forte que les autres suivi d’un séisme auraient contribué a la perde de foi en leur Dieux et donc en leur prêtres. Avant de quitter Cahuachi, il est un fait surprenant, qu’ils ont pris soin d’enfouir la cité en l’enveloppant d’argile. C’est pour cela que les ruines sont toujours aussi bien conservées, malgré les pilleurs de tombes qui n’hésitent pas à vendre des cranes aux touristes ! Les géoglyphes de Nazca sont inscrits au Patrimoine culturel de l’Humanité depuis 1994.

La civilisation de Tiwanaku a pris naissance sur la rive sud du lac Titicaca vers 500 av. J.C, aux environs du site archéologique de la Cité du Soleil de Tiahuanaco et perdura jusqu’en 1000 ap J.C. Son extension maximale est mal connue, mais les recherches archéologiques témoignent d’une expansion sur de vastes territoires en direction du sud et du sud-est du lac Titicaca, régions qui correspondent à l’actuel nord du Chili et à l’ouest de la Bolivie. Cela aurait été en fait un état prédateur, fédère par une élite de prêtres, ils soumettaient les seigneurs locaux par leurs puissances surnaturelles.

La civilisation de Tiwanaku métrisait la taille de la pierre et une architecture préfigurant celle des Incas. Elle a de même très fortement influencée celle de Huari. Le principal site archéologique est la Cite du Soleil, lieu de célébration du dieu créateur Kon Tiki – Viracocha, avec son plus célèbre monument La Porte du Soleil, qui est considérée comme un observatoire astronomique.

La porte du Soleil de Tiwanaku (source: eldiario.net)

La porte du Soleil de Tiwanaku (source: eldiario.net)

La Culture Moche ou Mochica s’est étendue le long de la cote nord du Pérou entre 100 ap JC et 700 ap JC. Elle apparait comme une unification de différentes cultures ; les Vicus, les Salinars et les Viru, sur deux foyer distincts : Moche et Sipan.

Les foyers de Moche et de Sipan

Dans la vallée du Moche, au pied du Cerro Blanco, la culture Salinar laisse la place aux Moches. La ville de Moche prends vite de l’importance grâce a ces deux centres ; l’un religieux, la Huaca de la Luna, et l’autre administratif, la Huaca del sol. Cette influence gagne les Viru, d’une des proches vallées.

Plus au nord, se trouve le centre de Sipan, dans la région de Lambayeque. La ville prend également de l’importance, les hauts dignitaires sont enterrés dans de remarquables tombes. L’éloignement de ces deux centres implique déjà un bon contrôle du territoire et donc une organisation militaire élaborée de la part des Moches, à peine leur royaume fut-il formé.

Les Moches effectuèrent la majorité des conquêtes militaires durant les III et IVe siècle. Les frontières se sont élargies le long de la côte : au sud, en s’étendant aux vallées du Chicama et de Huarmey, et au nord jusqu’à Piura, empiétant largement sur le territoire Vicus, assimilant ce peuple au fur et à mesure des conquêtes. À leur apogée, les Moches contrôlent un territoire essentiellement côtier s’étendant sur plus de 600 kilomètres de long. En plus des centres historiques que sont Moche et Sipán, ils construisent d’importants bastions militaires pour maintenir les frontières : Pampagrande au nord et Pañamarca au sud. C’est au cours de cette période, vers l’an 300 que vécut le Seigneur de Sipan.

Le Seigneur de Sipan (source: rico-perou.com)

Le Seigneur de Sipan (source: rico-perou.com)

Déclin et fin du royaume

On situe la fin des Moches aux alentours de l’an 700. On suppose que la situation s’est peu à peu dégradée dans le royaume, celui-ci devant faire face à des crues catastrophiques des principaux fleuves et notamment du rio Moche à cause du phénomène El Niño, ainsi qu’à des tremblements de terre à répétition durant le VIIe siècle. Peu après le déclin de la société moche, la culture Sican se développa sur les mêmes régions, puis plus tard encore ce fut au tour de la culture Chimu.

La civilisation Huari

La civilisation Huari (ou Wari) fait référence à un peuple qui fleurit durant la période pré-incaïque de l’horizon moyen. Elle prend naissance au VIe siècle de l’ère chrétienne dans la région d’Ayacucho située dans les Andes du sud du Pérou actuel. La capitale du même nom est localisée près de la cité moderne d’Ayacucho. Cette cité était le centre d’une civilisation qui couvrait les hautes terres et la côte. D’abord, leur territoire s’étendit pour inclure le centre de l’ancien oracle de Pachacamac, bien qu’il semble avoir retrouvé largement son autonomie. Plus tard, il s’agrandit pour inclure beaucoup des territoires de l’ancienne culture Moche et de la tardive culture Chimu. Les restes les mieux préservés de la culture Huari subsiste près de la ville de Quinua. Aussi réputées sont les ruines Huari de Pikillaqta (la « ville puce »), à une courte distance au sud-est de Cusco.

Les Huari furent contemporains de la civilisation de Tiahuanaco qui s’est développée sur le haut plateau bolivien, sur les rives du lac Titicaca. Ces deux civilisations n’ont été que récemment différenciées par les archéologues du fait des nombreux points communs existant entre les deux cultures notamment dans le domaine artistique.

Il semblerait que les deux civilisations n’aient été en contact que pendant une cinquantaine d’année durant lesquelles elles s’affrontèrent sporadiquement. Une source possible des conflits est la présence de mines aux limites d’influence des deux cultures. Les Huari paraissent avoir été affaiblis par cette rivalité, et déclinèrent au IXe siècle.

Les Huari furent de grands bâtisseurs : ils implantèrent des centres administratifs dans plusieurs de leurs provinces ; ils développèrent un système de culture en terrasses pour augmenter la productivité de l’agriculture dans les régions montagneuses ; ils structurèrent également leur royaume grâce à de nombreuses routes que les Incas intègreront plus tard à leur système de communication. On considère souvent que les Incas, qui émergèrent trois siècles après la disparition des Huari, sont les héritiers de cette civilisation.

L’Empire Tiahuanaco-Wari (700 à 1200)

La présence de la culture Tiahuanaco ou Tiwanaku à Ayacucho est attestée par la représentation d’une divinité gravée sur la «Porte du Soleil». Cette image est dessinée sur de grandes urnes d’Ayacucho, que l’on connait sous le nom de style conchopata, est issu de cette localité du même nom. Conchopata n’était pas une grande cité mais s’étendait sur une aire considérable, sans agglutiner la population. Dans ce contexte se déploya la culture Huari depuis la culture huarpa, proche d’Ayacucho, entre 560 et 600. On observe le développement d’une céramique cérémonielle connue sous le nom de «Robles Moqo» s’étendant sur une aire plus grande, comprenant les régions d’Ayacucho, Ica, Nazca, la vallée du Santa et par delà la montagne jusqu’au Callejon de Huaylas. Cette première expansion consacre la première phase de l’Empire Tiwanaku-Wari.

Conchopata se situe à 25 km au nord-est d’Ayacucho. Cette cité fut la capitale d’un Etat impérial complexe dont l’aire d’influence s’étendait de Cajamarca et Lambayeque (au nord) à Moquegua et Cusco (au sud). Ainsi, elle couvrait pratiquement 120 hectares, pour la partie la plus dense, où vécurent quelques milliers de familles. La cité était faite de pierres rustiques, avec de très hautes murailles de pierres et de boue, tout comme les terrasses et plateformes. La création de l’empire fut rendu possible par l’union avec Tiahuanaco.

Dans la cité de Huari, on peut observer des édifications monumentales, tels les édifices publics, les mausolées, les temples et résidences. Les plus célèbres se situent dans les secteurs Uspa Qoto et Capillayoq. Dans le secteur Cheqowasi, se trouvent des pièces de pierre très travaillées. Il s’agit de mausolées souterrains comprenant diverses chambres. Ces pièces durent probablement être utilisées pour la conservation des corps d’importants dignitaires de la cité. Par ailleurs, au pied des murs des édifices, l’approvisionnement de l’eau était assuré par un réseau de canaux. Dans cette cité était produite une céramique polychrome très élaborée, des tissus polychromes, de petites sculptures en turquoise, des bijoux et diverses œuvres d’artisanat.

La culture Tiwanaku se développa sur les hauts plateaux entre 550 et 900. Son influence sur les Huari est notable dans le domaine religieux et les rites funéraires. Sur certaines céramiques, apparaît la représentation de divinités aux traits anthropomorphes et zoomorphes, similaires à ceux de Viracocha (dieu des bâtons) de la culture tiahuanaca. Cette divinité se retrouve dans les cultures ultérieures. Elle est représentée sur la Porte du Soleil située dans le complexe de Kalasasaya en Bolivie.

Expansion Wari

Parmi les trois grandes époques des Huari, la seconde (du VIIe au Xe siècle) est celle de l’apogée. Elle est définie par le style de céramique appelé clairement Huari qui comporte des variations régionales: Viñaque, Atarco, Pachacamac, Qosqopo, etc.

Les Huari introduisent une nouvelle conception de la vie urbaine, en créant le modèle d’un grand centre urbain ceint de murailles. Les cités Huari de plus grande renommée sont Pikillaqcta (près de Cusco) et Wiracochapampa (près de Huamachuco, dans la région de la Libertad). Ces cités se sont développées dans les territoires aux limites de l’empire.

La cité de Huari basa principalement son économie sur l’exploitation impériale, c’est-à-dire sur l’exploitation des colonies conquises. Les tribus des colonies ainsi que les autres ressources découlant de la domination permirent de maintenir la grande cité. La troisième époque concerne le déclin et la décomposition de la politique et de l’économie des Huaris, avec l’abandon de la cité et la perte du contrôle sur les anciennes colonies. Après le XIe siècle, les peuples soumis à l’empire Huari reprennent le chemin de l’indépendance et du développement. Ayacucho décline en abandonnant le modèle de vie urbaine pour revenir à une structure de population rurale villageoise, similaire aux phases primitives des Huarpa.

La cité de Wari

La cité de Huari était la capitale homonyme. Aux côtés de Tiwanaku, cette cité fut le centre du premier empire des Andes, avant l’avènement des Incas. Le centre urbain de Huari s’étendait sur un territoire de près de 2000 hectares. Pendant l’apogée de la civilisation, on suppose que la cité était composée de nombreuses ruelles, de temples ceints de murailles, de cours intérieures, de tombeaux royaux et d’édifices d’habitation pouvant atteindre six étages. La plupart des constructions étaient recouvertes de plâtre blanc. Ainsi, la cité brillait au soleil des montagnes. Initialement, la cité était certainement un centre administratif, se chargeant des fonctions politique et religieuse. Mais, avec la croissance de la population (certains archéologues parlent de près de 70 000 habitants à son apogée), la cité prit également une ampleur en tant que siège du pouvoir impérial. Selon les preuves archéologiques, la population de la cité de Huari se réduisit vers l’année 1000. Cependant, les raisons et le processus de ce déclin ne sont actuellement pas connus. Pour remédier à la faible productivité de la terre, d’importants ouvrages de canalisation et de drainage s’engagèrent. De plus, la création des terrasses agricoles permit d’augmenter considérablement la surface cultivable. Construites sur les flancs des collines, elles se trouvent principalement près des complexes urbains majeurs et secondaires. L’ensemble des constructions Huari demeure enterré pour la majeure partie. En effet, les travaux de fouilles archéologiques réalisés sur ce site sont bien inférieurs aux multiples complexes architecturaux existants. En août 2008, quelques tombes et momies Huari ont été trouvées à la Huaca Pucllana à Lima, démontrant ainsi que les Huari avaient dominé la culture Lima dans ses années de déclin.

Période impériale (900-1532)

La période impériale, aussi appelée postclassique ou Règne des belligérants, succède au déclin de la civilisation Huari. Divers États locaux qui tentent de dominer politiquement leurs voisins apparaissent. Parmi ces États, nous retrouvons la culture Chimu, la culture Chanca, la culture Chincha et enfin, la plus célèbre, la culture Inca. Les Incas étaient une tribu guerrière du sud de la sierra. Ils se déplacent peu à peu vers le nord de la région jusqu’à la vallée fertile de Cusco entre 1100 et 1300. Leur expansion commence en 1438, avec Pachacutec, qui entreprend de conquérir les terres voisines. Durant les 70 dernières années de cette période, le royaume de Cuzco forme un empire qui s’étend sur les Andes.

Les Chimús.

Les Chimú étaient les habitants du royaume de Chimor. Leur capitale était Chan Chan, une grande cité construite en adobe située dans la vallée mochica, près de la ville actuelle de Trujillo. L’empereur Inca Tupac Inca Yupanqui conquit le territoire des Chimú vers l’an 1470, 50 ans avant l’arrivée des conquistadores dans la région. Les chroniqueurs espagnols purent décrire la culture Chimú à partir de témoignages de personnes ayant vécu avant la conquête inca. Les recherches archéologiques laissent penser que la culture Chimú est issue des restes de la culture mochica ; les plus anciennes poteries Chimú présentent des ressemblances avec la poterie mochica. Leurs céramiques étaient entièrement noires et leurs objets de métal comportaient des ciselures fines et complexes.

Chan-Chan (source: perou.com)

Chan Chan (source: perou.com)

Les Chimú habitaient la côte nord du Pérou. Elle consiste en une étroite bande désertique de 20 à 100 miles de large entre le Pacifique et les contreforts ouest des Andes, traversée ici et là par de courtes rivières descendant des montagnes et créant des oasis vertes et fertiles.  []Les plaines sont très plates et propices à l’irrigation, qui est probablement pratiquée ici depuis les débuts de l’agriculture. La pêche était également très pratiquée et considérée comme presque aussi importante que l’agriculture.

Les Chimú étaient connus pour adorer la Lune, contrairement aux Incas qui adoraient le Soleil. Les Chimú considéraient le Soleil comme destructeur, probablement à cause de l’impitoyable rayonnement solaire régnant dans le désert où ils vivaient. Dans le sanctuaire de la Lune, les tombes de 6 ou 7 adolescents de 13-14 ans et de 9 enfants ont été mises au jour. Si ces tombes sont des preuves de sacrifices humains, alors il est possible d’affirmer que les Chimú sacrifiaient des enfants à leurs dieux.

Les offrandes constituaient un élément important de leurs rites religieux. Les coquillages de spondyles étaient fréquemment utilisés comme offrandes. Ils étaient aussi utilisés comme matériau par les artisans. Le spondyle vit dans les eaux chaudes côtières au large de l’Equateur. Il est associé à la mer, la pluie et la fertilité. Les spondyles étaient très appréciés par les Chimú qui en faisaient commerce.

Les Chimú sont renommés pour leur céramique monochrome caractéristique, ainsi que pour leur travail raffiné des métaux : cuivre, or, argent, bronze et tumbago (un alliage de cuivre et d’or). Les poteries ont souvent la forme d’une créature. D’autres représentent un personnage assis ou debout sur une bouteille parallélépipédique. La surface noire et brillante de la plupart des poteries Chimú ne provient pas de vernis. Elle est obtenue en cuisant la poterie à haute température dans un four artisanal fermé, ce qui empêche l’oxygène de réagir avec l’argile.

Expansion

La culture Chimú s’est développée dans le territoire où régnait la culture mochica pendant les siècles précédents. Comme la culture mochica, la culture Chimú était une culture côtière. Elle s’est développée dans la vallée Moche au sud de Lima, au nord-est de Huarmey, jusqu’au centre de Trujillo, puis vers Arepiqua. Les Chimús apparurent vers l’an 900. La cité de Chimor se trouvait dans un vaste site appelé aujourd’hui Chanchan entre Trujillo et la mer. On suppose qu’à l’origine Taycanamo fonda un royaume à cet endroit. Son fils Guacri-caur conquit la partie basse de la vallée. Son fils Nancen-Pinco posa les véritables bases du royaume en conquérant le haut de la vallée de Chimor et les vallées voisines de Sana, Pacasmayo, Chicama, Viru, Chao et Santa.

On estime que le royaume Chimú a été créé dans la première moitié du XIVe siècle. Nancen-Pinco a probablement régné vers l’an 1370. Après lui 7 autres rois se succédèrent. Puis vint Minchancaman, qui régna entre 1462 et 1470, à l’époque de la conquête inca. L’expansion territoriale du royaume Chimú fut progressive. Elle se déroula en plusieurs phases sur plus d’une génération, principalement pendant la dernière période de la civilisation Chimú, appelée Chimú tardif.

Le royaume chimú finit par englober un vaste espace et de nombreux groupes ethniques. Au maximum il s’étendit jusqu’aux limites du désert côtier, de la vallée Jequetepeque au nord et de Carabayallo au sud. La limite sud de l’expansion est controversée. L’expansion au sud fut bloquée par la puissance militaire de la grande vallée de Lima.

Organisation sociale

La société Chimú était organisée selon une hiérarchie à quatre niveaux. Une élite puissante était à la tête des centres de pouvoir. La hiérarchie était organisée autour des villes fortifiées appelées ciudadelas à Chan Chan. La puissance de Chan Chan est clairement démontrée au vu de la quantité de travail nécessaire à la construction du canal de Chimú et à l’exploitation agricole.

Chan Chan était au sommet de la hiérarchie Chimú ; Farfan, dans la vallée Jequetepeque, lui était subordonnée. Le fait que cette organisation démarra dès la conquête de la vallée Jequetepeque donne l’impression que le système hiérarchique fut créé dès le début de l’expansion territoriale. L’élite des centres secondaires du pouvoir, par exemple la vallée Jequetepeque, était intégrée à des niveaux inférieurs de la hiérarchie du gouvernement chimú. Les centres secondaires du pouvoir étaient chargés de gérer les terres, l’eau et la force de travail. Les centres principaux du pouvoir étaient chargés de transférer les ressources vers Chan Chan ou de prendre des décisions administratives.

Vers 1470, le royaume Chimú fut vaincu par les Incas à Cuzco. Le roi Minchancaman fut déporté à Cuzco. De l’or et de l’argent furent offerts pour orner le temple du soleil.

Économie

Les contrôles d’accès à l’information générèrent à Chan Chan une véritable bureaucratie. Le système économique et social fonctionnait grâce à l’apport de matériaux bruts à Chan Chan, où ils étaient transformés en objets manufacturés par les artisans. C’est à Chan Chan qu’étaient traitées toutes les autres questions concernant l’organisation, la production, le stockage, la distribution et la consommation des biens.

Dans chaque ciudadela, la majorité des citoyens étaient des artisans. À la période du Chimú tardif, on comptait environ 12 000 artisans rien qu’à Chan Chan. Ils pratiquaient l’artisanat, mais aussi la pêche, l’agriculture ou le commerce. Les artisans n’avaient pas le droit de changer de métier. Ils étaient répartis dans la ciudadela selon leur spécialité. L’accroissement soudain de la production artisanale Chimú suggère que des artisans d’autres régions furent transférés à Chan Chan suite aux conquêtes Chimú. Le fait qu’on a retrouvé dans les mêmes habitations des traces de travail du métal et de tissage suggère que les hommes comme les femmes s’adonnaient à l’artisanat. Les Chimú pratiquaient la métallurgie. Ils fabriquaient des céramiques. Ils tissaient le coton les laines de lama, d’alpaga, de guanaco et de vigogne. Ils pêchaient avec des canoës de papyrus. Ils pratiquaient la chasse. Ils utilisaient des pièces de monnaie en bronze pour les échanges commerciaux.

Céramique

Les céramiques Chimú servaient de récipients pour l’usage domestique au quotidien, mais aussi pour les offrandes rituelles lors des funérailles. La poterie à usage domestique était fabriquée sommairement sans finition élaborée, alors que les céramiques funéraires témoignent d’une recherche esthétique plus poussée. Les vases Chimú se caractérisent souvent par une petite sculpture à la jonction du col et de l’anse. Les céramiques rituelles étaient moulées alors que les poteries domestiques étaient modelées à la main. Les céramiques Chimú sont généralement d’un noir métallique avec des nuances. Le brillant caractéristique était obtenu en exposant la céramique à la fumée après l’avoir polie. Des céramiques plus claires étaient également fabriquées, mais en plus faibles quantités. De nombreux animaux, fruits, personnages et déités sont peints sur les céramiques Chimú.

Céramique Chimu (source: catalogue.drouot.com)

Céramique Chimu (source: catalogue.drouot.com)

Métallurgie

Le travail des métaux se développa rapidement à la fin de la période Chimú. Certains artisans travaillaient dans des fabriques divisées en ateliers spécialisés chacun dans une technique de travail du métal : placage, dorure, estampage, moulage a cire perdue, perle, filigrane, gaufrage avec des moules en bois, etc. Ces techniques permirent la fabrication d’objets très variés : tasses, couteaux, récipients, figurines animales pleines ou creuses, bracelets, épingles, couronnes, etc. Lors de la fabrication de leurs alliages, les Chimú utilisaient un mélange d’acides présents à l’état naturel dans leur environnement. Les minerais devaient être extraits de mines à ciel ouvert, de mines souterraines ou de rivières. Les principaux métaux utilisés étaient le cuivre, l’argent, l’or et l’étain.

Un groupe de fabriques à Cerro de los Cemetarios pratiquait la fusion des métaux sur une grande échelle. Le cuivre peut être trouvé dans la nature sur la côte, cependant les Chimú utilisaient surtout du cuivre provenant de terres en altitude, à environ 3 jours de voyage. C’est probablement parce que la plus grande partie du cuivre était importée que les objets utilitaires réalisés en cuivre sont de très petite taille : fils, aiguilles, pointes de pioches, pinces ou bijoux.

Le tumi (tranchoir sacrificiel) est une spécialité de l’artisanat Chimú. Ils fabriquaient aussi de superbes costumes rituels composés d’éléments en or avec des coiffes de plumes ou d’or, des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets et des pectoraux.

Alimentation et agriculture

Les Chimú développèrent une agriculture intensive, principalement grâce à des travaux associés à des techniques hydrauliques, qui permettaient d’unifier plusieurs vallées en créant de vastes complexes agricoles.

Les Chimú construisaient des puits à degrés comme ceux de Nazca pour extraire l’eau souterraine, ainsi que des réservoirs alimentés par l’eau des rivières. L’eau ainsi obtenue alimentait un système d’irrigation, grâce auquel les Chimú cultivaient des haricots, des patates douces, des papayes et du coton. Le système d’irrigation accroissait la production agricole et donc la richesse des Chimú, qui à son tour contribuait à la formation d’un système bureaucratique.

L’importance du système d’irrigation à grande échelle persista jusqu’au début de la période du Chimú tardif. Il eu alors une évolution vers un système axé sur la spécialisation des aires de production, reposant sur l’importation et la redistribution des biens produits par des communautés locales. Apparemment, un réseau complexe de sites locaux fournissait des biens et services aux Chimú. Beaucoup d’entre eux produisaient des denrées que les Chimú ne pouvaient pas produire eux-mêmes. Les premiers sites exploitaient les ressources marines. Après l’essor de l’agriculture de nouveaux sites se créèrent vers l’intérieur des terres, L’élevage des lamas offrait une source de viande. Au début de la période du Chimú tardif, les sites de l’intérieur des terres utilisaient les lamas comme source principale de viande, mais ils conservaient cependant des contacts avec les sites côtiers pour se procurer des ressources d’origine marine.

Résumé des civilisations pré-incas (source: perouenfrance.com)

Résumé des civilisations pré-incas (source: perouenfrance.com)

Les Incas.

La civilisation inca prend naissance au début du XIIIe siècle dans le bassin de Cusco dans l’actuel Pérou et se développe ensuite le long de l’océan Pacifique et de la cordillère des Andes, couvrant la partie occidentale de l’Amérique du sud. À son apogée, elle s’étend de la Colombie jusqu’à l’Argentine et au Chili, par delà l’Equateur, le Pérou et la Bolivie.

Elle avait pour chef suprême le Sapa Inca. L’une des grandes singularités de cet empire fut d’avoir intégré, dans une organisation étatique originale, la multiplicité socioculturelle des populations hétérogènes qui le composaient.

À leur arrivée dans la région de Cusco, les Incas ne sont qu’une tribu parmi d’autres dans une confédération locale, occupant dans un premier temps un rang subordonné. Leur position de chefs militaires dans la confédération leur permet de gagner progressivement de l’influence lors des règnes successifs de Sinchi, Lloque yupanqui, Mayta Capac et Capac Yupanqui, à la mort de ce dernier, Inca Roca s’empare du contrôle de la confédération.

Yahuar Huacac puis Viracocha Inca étendent la domination inca. Néanmoins, le territoire inca ne dépasse pas un rayon de 40 km autour de Cusco. En 1438, lors d’une guerre avec la tribu voisine des Chancas, Viracocha abandonne la capitale, mais son fils Pachacutec la défend avec succès et défait les Chancas. C’est le début de l’expansion extrêmement rapide de l’empire. Le fils de Pachacutec, Tupac Yupanqui et son fils après lui, Huayna Capac, repoussent les frontières de l’empire du Chili au Sud de la Colombie. L’empire est à son apogée.

Viracocha (source: amerique-latine.com)

Viracocha (source: amerique-latine.com)

En 1532, 180 conquistadores espagnols débarquent et commencent la conquête de l’empire inca. Bien que peu nombreux face aux armées incas de plusieurs dizaines de milliers de soldats, cette conquête est très rapide. Les historiens expliquent cela par une combinaison de plusieurs raisons : la guerre de succession suite à la mort de Huayna Capac en 1527, la rapide capture du nouvel empereur Atahualpa, la supériorité militaire des Espagnols, tant en terme d’armement (chevaux, armures en métal et armes a feu) que de stratégie, leur habileté diplomatique à soulever contre l’empire des tribus locales ainsi que l’assimilation par les Incas des Espagnols à des dieux annoncés par des prophéties.

La conquête espagnole s’accompagne de nombreux pillages et de massacres. La colonisation qui s’en suit engendre une catastrophe démographique majeure : la population de l’empire inca, estimée entre 12 et 15 millions de personnes avant la conquête, est d’environ 600 000 un siècle plus tard. L’exploitation des indigènes et leur manque de défenses immunitaires contre les maladies apportées par les Espagnols en sont les principales raisons.

Prisonnier de Pizarro, Atahualpa lui donna une rançon en or en échange de sa libération. Pizarro prit l’or mais fit tout de même exécuter l’empereur le 29 août 1533.

Les Incas se rebelleront tout de même plusieurs fois, notamment en 1536 sous le commandement de Manco Inca. La ville de Vilcabamba devient le centre d’un noyau de résistance inca qui y subsistera jusqu’en 1572. La résistance aura un sursaut aux XVIIe et XVIIIe siècles ; le plus important épisode sera celui de Túpac Amaru en 1780, toujours avec l’objectif avorté de restaurer l’empire inca.

Chronologie des souverains incas

Empereurs incas

La liste des empereurs incas s’appelle la capaccuna (en quechua les plus puissants parmi les êtres humains). Avant Vuracocha Inca les empereurs incas sont semi légendaires et les dates de leurs règnes sont incertaines.

– Manco Capac

– ~ 1230 – ~ 1260 : Sinchi Roca

– ~ 1260 – ~ 1290 : Lloque Yupanqui

– ~ 1290 – ~ 1320 : Mayta Capac

– ~ 1320 – ~ 1350 : Capac Yupanqui

– ~ 1350 – ~ 1380 : Inca Roca

– ~ 1380 – ~ 1400 : Yahuar Huacac

– ~ 1400 – 1438 : Viracocha Inca

– 1438 – 1471 : Pachacuti Yupanqui ou Pachacutec

– 1471 – 1493 : Tupac Yupanqui

– 1493 – 1527 : Huayna Capac

– 1527 – 1532 : Huascar

– 1532 – 1533 : Atahualpa

Rois de Vilcabamba

Entre 1533 et 1572 une partie des fils de Huayna Capac se révolte contre les Espagnols et se réfugie dans la région de Vilcabamba. Leur pouvoir restera localisé aux alentours de ce centre de résistance.

– 1533 – 1533 : Topa Hualpa

– 1533 – 1545 : Manco Capac

– 1545 – 1560 : Sayri Tupac

– 1560 – 1571 : Titu Kusi Yupanqui

– 1571 – 1572 : Tupac Amaru

Société et politique

Après avoir formé pendant des siècles une puissance locale, quoiqu’en expansion régulière, les Incas rêvèrent d’un plus grand royaume. Ils allaient conquérir 780 000 km² en quelques générations. Vers 1400, ayant soumis leurs voisins, les rois incas mènent leurs premières conquêtes en dehors de la région de Cusco. Vers 1470, poussant vers la côte, les Incas défont l’Empire Chimu et emmènent avec eux de nombreux artisans de la puissance vaincue. Vers 1500, se tournant vers le sud, les Incas s’emparent d’un vaste territoire s’étendant jusqu’aux limites de la Patagonie. Vers 1532, lors d’une offensive finale le long des pentes orientales des Andes, les Incas pénètrent plus avant à l’intérieur du bassin de l’Amazone.

Organisation politique et administrative

Le Sapa Inca, chef suprême de l’empire, est avant tout un guerrier, et c’est un rapport très personnel qui le lie aux chefs locaux des tribus conquises. Ces relations sont souvent à établir à nouveau lors de chaque succession, ce qui amène parfois des guerres de reconquêtes. Ces liens ont une importance capitale dans la gestion des provinces côtières : au contraire des provinces andines, les Incas n’y créent en effet ni villes ni administration. Ces provinces en sont par ailleurs souvent déjà pourvues par héritage des civilisations précédentes. Les Incas se contentent de gouverner à distance en maintenant les élites locales.

Dans les Andes, par contre, les Incas créent de véritables capitales provinciales. Si les liens personnels entre les chefs locaux et le Sapa Inca restent important, une administration impériale est établie en parallèle. À la tête de ces provinces sont nommés des gouverneurs de provinces, (tukriquq) représentant l’empereur localement. Ces gouverneurs sont entourés de fonctionnaires kipukamayoq qui procèdent au recensement de la population à l’aide des kipus. Les Incas ne disposaient pas de système d’écriture. Les kipus étaient semble-il le seul moyen de consigner diverses choses. Le recensement revêt en effet un rôle particulièrement important dans un état où les seuls tributs versés le sont sous forme de corvées.

Organisation sociale

La hiérarchie dans l’empire inca reprend l’organisation traditionnelle des communautés andines. L’Inca est à la fois chef de son clan et souverain de tout l’empire. L’organisation communautaire est à la base de la structure de l’empire. Dans de nombreux cas, l’Inca conquérant veille à ne pas bousculer l’organisation traditionnelle des populations à assimiler et laisse en place les autorités traditionnelles et leur confie des instructeurs du clan inca pour les informer des lois de l’empire et les instruire dans la religion officielle. Ces autorités locales étaient donc encadrées et rendaient comptes à des supérieurs hiérarchiques qui tous étaient membres du clan Inca.

Il existait trois classes : la classe laborieuse constituée des paysans et artisans, la classe de gouvernance locale et, au sommet, la classe dirigeante de souche inca qui tenait les rênes de l’empire. Cette classe dirigeante était organisée comme un clan ordinaire dont les membres étaient appelés aux plus hautes fonctions au sein de l’empire, qu’elles soient religieuses, militaires ou administratives. Cette société était donc basée sur un système de castres et on ne pouvait que très difficilement et exceptionnellement changer de rang. Un individu de la classe laborieuse pouvait accéder à la classe dirigeante suite à un exploit militaire ou grâce à quelque autre mérite. Il arrivait, dans un but politique, que des dirigeants coopératifs de peuples vaincus obtiennent des postes à responsabilités, souvent celui de Kurakas.

Famille

Le groupe social de base est formé par la famille constituée des parents et des enfants célibataires. L’homme travaille aux champs, et pratique éventuellement de l’artisanat, tandis que la femme s’occupe de la cuisine et de l’entretien de la maison. L’entraide entre familles est très fréquente, notamment au moment des récoltes. Les personnes invalides sont généralement soutenues par l’ensemble de la communauté. Il est alloué au famille des parcelles de terre en fonction du nombres d’enfants, afin de pouvoir subvenir a leur besoin, et aussi, reversé une partie correspondante a l’Inca.

Ayllu

Les peuples des Andes sont repartis dans de nombreux villages situés sur des hauteurs. L’ensemble des familles, la plupart du temps liées par le sang, qui habite un village forme un ayllu. Un chef (kuraka) dirige l’ayllu répartit les travaux collectifs et les terres. L’aylu possède en effet des terres agricoles, distribuées par lots, ainsi que des pâturages, d’accès collectif.

Les ayllus sont organisés en chefferies, regroupant plusieurs ayllus sous la domination de l’un d’entre eux. Les ayllus dépendants doivent verser un tribut de corvées à l’ayllu dominant. En échange, ce dernier doit maintenir des réserves pour pallier les mauvaises récoltes et subvenir à l’entretien des pauvres.

Des chefferies forment à leur tour des groupes sous la domination de l’une d’entre elles. L’empire inca s’inscrit dans le même schéma, l’empereur étant le chef du groupe de chefferies constitutif de l’empire.

Intégration des populations conquises

Les conquêtes se faisaient soit pacifiquement, et alors les souverains conquis conservaient un certain pouvoir, soit par armes, et le peuple vaincu était en partie déplacé dans une région solidement acquise aux Incas et qui lui était souvent totalement étrangère. Des peuples soumis de longue date à l’empire venaient alors repeupler leurs terres. Ces déplacements de population furent très importants, notamment sous Tupa Yupanki et Huana Kapac.

Vie quotidienne

La vie des Incas est rythmée par quatre étapes principales. La première s’effectue vers deux ans : on fête le passage du bébé au statut d’enfant en effectuant la cérémonie de la première coupe de cheveux, que l’on garde ensuite précieusement. Cette coutume existe encore actuellement.

La seconde constitue le passage de l’enfance à l’âge adulte, vers 14 ou 15 ans. Pour les garçons, le rite de passage qui y est associé est appelé warachikuy, la “mise du pagne”, et comporte un jeûne et une série d’épreuves physiques. À cette occasion, on leur perce les oreilles pour y insérer les boucles propres à l’ethnie inca, on leur remet un pagne et on leur donne un nouveau nom. Le rituel féminin, le k’ikuchikuy, “première menstruation”, est plus simple et comportait également une phase de jeûne.

Cérémonie de Warachikuy (source: key2cusco.com)

Cérémonie de Warachikuy (source: key2cusco.com)

La troisième étape est celle du mariage, entre 20 et 25 ans pour les hommes et 16 à 20 ans pour les femmes. Le couple s’établit dans une nouvelle maison et bénéficie alors de tous les droits et devoirs. Parmi ces obligations se trouvent notamment celle de participer aux corvées collectives.

Enfin, lors de la mort, les défunts sont placés dans des tours funéraires ou des abris rocheux plus simples. Ils sont parés de leurs plus beaux atours et de leurs outils du quotidien afin d’assurer leur subsistance dans l’au-delà.

Habitat

Dans la plupart des cas, les Incas conservent les structures d’habitation des territoires conquis. Dans les terres hautes, ils construisent des capitales provinciales, mais la plupart des habitants habitent des villages de quelques centaines d’habitants. Chaque foyer y possède une cour bordée d’un muret en pierre dans laquelle se trouvent un ou plusieurs bâtiments circulaires de 3 à 6 m de diamètre. Parmi ces bâtiments, il peut y avoir une cuisine, des chambres, des entrepôts, … Les murs sont de pierre non taillée ou d’adobe, et les toits de chaume. Sur la côte, les maisons populaires sont en roseau et celles de l’aristocratie en pisé.

Le bois étant rare, tant dans la montagne que sur la côte, les Incas n’ont pas de mobilier. La vaisselle est posée à même le sol et on mange par terre.

Alimentation

Les paysans incas, comme leurs descendants péruviens actuels, prennent deux repas par jour (vers 8h et 17h) et une légère collation vers midi. Il est la grande majorité du temps végétarien et composé de plantes et légumes bouillis. La viande de lama ou d’alpaga séché ou du cochon d’inde rôti, est réservé aux jours de fêtes. Néanmoins, sur la côte, les poissons sont très consommés.

Le légume de base est la pomme de terre, qui peut être conservée pendant plus de cinq ans grâce à un processus de conservation complexe (qui comprend notamment l’exposition au gel et l’écrasement). Le maïs est également l’un des aliments de base, mais en plus grande quantité sur la côte que dans les Andes. Il est souvent utilisé pour produire de la bière légèrement alcoolisée. Enfin, ils mastiquent des feuilles de coca pour ses vertus médicinales et son effet « coupe-faim ».

Vêtements

Les paysans incas portent tous des vêtements assez semblables. Il s’agit, pour les hommes, d’un pagne et d’une tunique sans manches auxquels on ajoute une cape lorsque les conditions climatique ou cérémonielles l’exigent.

Les femmes, elles, portent une robe et une cape. Leur robe est constituée d’un simple morceau de tissu rectangulaire, enroulée autour d’elles et maintenue par une ceinture et deux fibules circulaires au niveau des épaules. La cape est elle accrochée via une épingle ou un nœud sur le devant. Leurs chevaux sont ceints d’un bandeau et elles portent généralement un voile léger pour s’abriter du soleil.

Les vêtements sont généralement noirs ou marrons dans les hautes terres où ils sont faits de laine, et blanc sur la côte où le coton est principalement utilisé. Ils sont la plupart du temps faits d’une seule pièce, et non pas composés de différents morceaux cousus entre eux.

Les vêtements étant assez comparables partout dans les Andes, les différences sociales s’expriment principalement au niveau de la qualité du tissu employé pour leur confection. Mais la coiffure masculine est également un autre moyen de différenciation : l’élite porte des cheveux très longs, alors que le peuple se rase court[].

Les deux sexes portent aux pieds des sandales ou des mocassins. Ils arborent également des bijoux : les hommes portent notamment des ornements d’oreille cylindriques qui leur déforment les lobes, d’où leur surnom d’orejones (“oreillards”) que leurs donnent les Espagnols. Les femmes elles portent plutôt des colliers et des fibules.

Jeux et divertissements

Le quotidien des paysans incas ne comporte que peu de divertissements, hormis ceux liés au travail en commun et aux cérémonies –– ces deux derniers cas sont en effet des occasions de fêtes. Le travail en commun s’effectue en chantant et est généralement accompagné d’un bon repas et de bière de maïs. De grandes battues sont organisées par le Sapa Inca tous les quatre ans ; elles sont également l’occasion de festoyer et de consommer de la viande. Les cérémonies en l’honneur d’une divinité ou d’un haut personnage sont elles l’occasion de danser et de jouer de la musique.

Peu de jeux incas sont parvenus jusqu’à nous, mais la plupart des chroniqueurs rapportent l’existence d’un jeu de dé, la pichqa (“cinq” en quechua). Le dé pyramidal à six faces utilisé dans ce jeu servait aussi comme instrument de divinisation.

Religion

La colonisation espagnole et l’évangélisation catholique ont rapidement fait décliner les religions des Incas. Si certaines formes subsistent aujourd’hui notamment sous forme d’animisme, la plupart des informations que l’on possède à ce propos sont, plus ou moins biaisés. On possède par ailleurs très peu d’informations sur le système religieux en-dehors des Andes, les populations ayant rapidement décliné avant même l’évangélisation.

En plus de la volonté d’imposer une religion d’état, l’héritage des civilisations précédentes et une longue histoire d’échanges et d’influence permettent aux populations andines une certaine unité religieuse. Certaines divinités sont ainsi communes à différents peuples, mais portent des noms différents.

Culte des ancêtres

Les ancêtres décédés occupent une place particulière dans les religions andines. Le fondateur d’un lignage est ainsi révéré, notamment pour avoir donné à son ayllu des terres. Ces fondateurs sont souvent semi-légendaires, ayant accompli des actes surnaturels et n’ayant pas de géniteurs humains. C’est ainsi le cas pour ceux de la tribu inca. Les corps des défunts sont conservés, non pas embaumés mais laissés à se dessécher au vent sec des montagnes. Des offrandes leurs sont offertes et elles sont promenées lors des cérémonies.

 Culte des Huacas  

Si les Incas imposent le culte du Soleil, ils interdisent rarement l’exercice des croyances animistes préexistantes. Ainsi la plupart des peuples de l’empire, ainsi que les Incas eux-mêmes, accordent une grande importance à des fétiches (huacas). En Quechua, le terme huaca peut désigner tout ce qui sort de l’ordinaire ; par extension, il désigne tout ce qui est susceptible de faire l’objet d’un culte dans le contexte animiste. Les huacas peuvent ainsi être des objets naturels (comme une montagne ou un rocher) ou artificiels (comme un bâtiment) auxquels on prête une puissance surnaturelle.

Il existe des huacas partout sur le territoire inca, et on estime à plus de cinq cent leur nombre à Cuzco et ses environs. Ils reçoivent de nombreuses offrandes et on cherche à communiquer avec eux pour obtenir de l’aide ou des conseils.

Culte du Soleil et des astres

Dans les Andes, de nombreuses communautés se réclamaient originaires ou descendantes de tel lieu sacré, de telle étoile ou de tel animal. Les empereurs, descendants directs de Manco Capac, sont appelés Sapa Inca (littéralement “inca unique”; ou encore Intip churin: “fils du soleil”, titre adopté par le neuvième empereur Pachacutec). Ils sont vénérés comme des demi-dieux fils du Soleil. Les Incas imposent donc le culte du soleil comme culte officiel dans l’empire, mais l’idole solaire côtoie la myriade de divinités adorées dans l’empire. Il ne s’agit pas pour autant d’un culte monothéiste mais plutôt d’un animisme d’État. Pour instituer le culte, les Incas bâtissent des temples dédiés principalement au soleil. Le plus célèbre de tous est le Coricancha (enclos d’or en quechua), le Temple du Soleil de Cusco.

Le temple de Coricancha aujourd'hui (source: perou.com)

Le temple de Coricancha aujourd’hui (source: perou.com)

En signe d’allégeance ou de véritable vénération, les peuples soumis par les Incas bâtissent dans leurs provinces de nombreux lieux de culte au soleil. Certains sont encore visibles de nos jours et témoignent de l’extension géographique du culte. Au Pérou se trouvent ainsi le temple du Coricancha à Cusco, le temple Vilcashuaman et celui de Huascaran. En Bolivie, un temple du Soleil avait aussi été érigé sur l’Ile du Soleil du lac Titicaca. À Caranqui en Equateur, se trouve un temple qui autrefois contenait des jarres pleines d’or et d’argent.

Le Temple du Soleil de Cusco, était le principal temple de l’empire. S’il était d’abord dédié au soleil, il servait aussi de lieu de culte à d’autres entités divines comme Mama Quilla, la Lune, et Llapa, divinité de la foudre, de l’éclair et du tonnerre. Véritable saint des saints de l’empire, ce temple n’a pas subsisté aux ravages de la conquête. Il n’en reste aujourd’hui que quelques descriptions ainsi que quelques murs témoins de la splendeur de l’ouvrage. Il fut construit avec des pierres de taille s’ajustant parfaitement les unes dans les autres, sans ciment. Sa circonférence faisait plus de 365 mètres. À l’intérieur du temple trônait, entre autres trésors, un disque d’or représentant le Soleil ainsi qu’une représentation du panthéon inca. Il s’y trouvait également un jardin sacré où tous les éléments de la nature étaient représentés sous la forme de statuettes entièrement en or, métal symbolique du soleil.

Parallèlement au culte du soleil, les Incas reconnaissaient et adoraient plusieurs autres divinités. Le plus important d’entre eux est Viracocha, un dieu agricole responsable notamment de l’aménagement du sol – les techniques d’irrigations revêtant une importance particulière pour les peuples andins. Le lien entre Viracocha et Inti, le soleil, n’est pas clairement établi. La subordination de l’un à l’autre est floue et dans certaines légendes ils semblent même interchangeables.

L’Empire inca se composant d’une mosaïque de peuples qui n’ont pas forcément été détruits ou réduits en esclavage, certains cultes locaux ont pu perdurer sans pour autant que le peuple originaire de Cuzco ne les adopte. Le culte de Pachacamac en est un exemple : c’est un dieu de la côte centrale du Pérou dont les origines sont incertaines, mais dont le culte était en tout cas antérieur à celui de Viracocha.

Divination

La divination tenait une place prépondérante dans la civilisation inca. Avant chaque action d’importance, on faisait appel à celle-ci et rien d’important ne pouvait être entrepris sans avoir auparavant consulté les auspices. La divination était utilisée aussi bien pour prédire le déroulement des batailles que pour punir un crime. Il existait plusieurs méthodes de divination : on pouvait observer des araignées se déplacer ou analyser la disposition que les feuilles de coca prennent sur une assiette plate ou pouvaient être aussi faites à partir de l’étude des entrailles d’animaux sacrifiés, et notamment les poumons de lamas.

Prêtres

Les prêtres vivaient dans tous les temples et autres sanctuaires religieux importants. Ils remplissaient les fonctions de devins, sorciers, et médecins. Le titre de prêtre en chef à Cusco était Villac Umu. Marié, il était souvent un proche parent de l’Inca.

Femmes choisies

Les « femmes choisies », appelées aclla (« vestales » ou pour les Espagnols « vierges du Soleil »), forment une institution à part entière. Choisies dès leur plus jeune âge, elles suivent une éducation particulière. Elles peuvent ensuite être choisies par le Sapa Inca comme concubines, ou données à de hauts fonctionnaires, ou même sacrifiées. Elles préparent les aliments cérémoniels et confectionnent des vêtements portés par l’Inca et les prêtres.

Offrandes et sacrifices

Les sacrifices et offrandes étaient quotidiens, dédiés aux dieux ou aux huacuas.

À chaque occasion importante, on offrait un sacrifice. L’animal le plus utilisé était un lama, le choix des animaux sacrifiés étant soumis à des règles précises sur la couleur de la fourrure. Les sacrifices humains ne se faisaient que lors de périodes de grands troubles, lorsque l’Inca était malade ou mort, par exemple, ou lors de catastrophes naturelles. L’objectif était alors d’apaiser le ou les dieux. Pour escorter l’Inca dans son voyage dans l’autre monde, deux de ses femmes, un serviteur et un guerrier étaient sacrifiés le jour de sa mort. Prétendument volontaires, ils étaient choisis dès leur plus jeune âge.

Les personnes, hommes, femmes ou enfants offerts en sacrifice devaient être en bonne condition physique et de parfaite constitution. Avant le sacrifice, le sacrifié buvait de la chicha, la bière de maïs pour atténuer la perception de ses sens. Dans de nombreux cas, il était ensuite enterré vivant. Pour l’honorer, les prêtres conduisaient des cérémonies qui l’accompagnaient tandis que son esprit quittait la terre. Parmi les jeunes filles choisies dans chaque province pour être femmes choisies, une partie était destinée à être sacrifiée.

C’est ce type de rite qui fut par exemple utilisé lors d’une éruption volcanique à Arequipa il y a plus de 500 ans : une jeune fille de douze ou treize ans, surnommée Juanita par les archéologues l’ayant retrouvée, fut sacrifiée au sommet du volcan Ampato. Elle appartenait à la haute noblesse de Cusco comme en témoigne la richesse de ses parures. Préservés par la glace, la jeune fille et les objets qui l’accompagnaient furent retrouvés presque intacts en 1995 et reposent désormais au musée Santuarios Andinos d’Arequipa.

La principale fête de l’empire était l’Inti Raymi ou (fête du soleil en quechua). Elle se déroulait le 21 juin, solstice d’hiver et jour le plus court dans l’hémisphère sud.

Cérémonie de l'Inti Raymi

Cérémonie de l’Inti Raymi (source: intiraymi.org)

Politique économique impériale

L’économie est fondée sur la gestion de la main-d’œuvre, sur l’échange d’énergie humaine, sur une sorte de collectivité du travail et nullement sur des échanges de biens ou sur une possession collective des biens. La richesse était liée non pas à la possession des biens mais à l’accès à la main-d’œuvre pour la production de la communauté. Le pauvre étant celui qui possède peu de liens de parenté. Au sommet de l’organisation économique se trouve l’Inca qui se repose sur les organisations ethniques et leur économie de redistribution mais en gérant un système de redistribution à un niveau supérieur.

Corvées et mobilisation de la main d’œuvre

Le kuraka, le chef de l’ayllu, était chargé de la répartition des terres, qui se faisait sur un modèle de parts, entre chaque membre du village apte à travailler.

Les travaux agricoles étaient divisés en trois temps :

– la part de l’Inca et de la famille royale;

– celle de chaque détenteur de lopin de terre, pour subvenir aux besoins de sa famille;

– celle qui appartenait au village, afin de subvenir aux besoins des plus démunis.

Un système d’entraide entre les familles était très développé. En plus des terres collectives, il existait des réserves qui permettaient de pallier le manque en cas de famine, ou quand venait une délégation de l’Inca.

Un autre devoir de chaque membre de la communauté consistait à s’occuper des travaux collectifs (comme l’entretien des canaux d’irrigation). Ce système connaissait cependant des faiblesses : les kurakas abusaient parfois du système, s’enrichissaient et constituaient une nouvelle classe dont les privilèges étaient transmis par héritage.

Il y avait une redistribution au niveau local autour du groupe ethnique mais aussi une redistribution bien plus vaste, au niveau de l’empire. L’Inca s’en chargeait à partir des réserves. Pour opérer ce travail, on faisait appel à des mitas (transporteurs). L’empire organisait donc aussi la mita.

La répartition des terres ethniques semblait liée à la redistribution, puisque chaque année, elle faisait l’objet d’un pacte ou d’une négociation. Grâce aux principes de la redistribution et de l’échange d’énergie humaine, les Incas purent entreprendre de nombreuses constructions, créer des greniers supplémentaires, un réseau de routes, des centres administratifs. Des milliers d’hommes étaient déplacés d’une région à l’autre pour réaliser ces grands travaux.

Agriculture

À cette époque, l’agriculture était essentiellement une agriculture de montagne. La pomme de terre « inventée » au Pérou et de nombreux autres tubercules étaient les aliments de base. Ces végétaux sont sensibles et, les récoltes ne pouvant être garanties, des techniques de conservation étaient développées pour faire face à d’éventuelles années difficiles. Le quinoa, une graine (et non une céréale), est plus facile à cultiver, il pousse jusqu’à 4 000 m d’altitude. Une autre culture était répandue : celle du maïs. Bien que très apprécié, les conditions particulières pour sa culture limitaient sa production et le maïs se trouvait souvent réservé aux offrandes ou réservé pour les fêtes. D’autres plantes étaient cultivées selon les régions : tomates, arachides, haricots, piments, ananas, cacao, etc. ainsi que la coca, très importante pour le peuple inca puisqu’elle était utilisée dans toutes les cérémonies. En ce qui concerne l’élevage, viande et laine provenaient essentiellement des lamas et alpagas.

En matière d’agronomie et d’hydrologie, les Incas avaient mis en place un système de canalisations assez complexe, dont on peut voir aujourd’hui à Ollantaytambo. Ils ont aussi hérité de très bons systèmes d’irrigation, légués par des cultures antérieures telles que les Nazca ou les Moches. Mais en matière agricole, c’est dans la façon d’exploiter les sols et de maîtriser un territoire apparemment inhospitalier que les Incas se sont illustrés : presque partout dans les parties andines, les Incas ont développé des aqueducs, des canaux à étages longs de dizaines de km et des cultures en terrasse. Une grande partie de ces cultures existe encore aujourd’hui et est toujours utilisée par les paysans et agriculteurs, les plus fameuses se situant dans la vallée sacrée des Incas ou au canyon de Colca près d’Arequipa. On suppose même que les Incas possédaient un véritable laboratoire agronomique, sur les terrasses de Moray près de Cusco, disposées en cercles concentriques, le centre étant le niveau le plus bas des terrasses.  Les scientifiques modernes se rendirent compte que chaque niveau avait une température différente. Ceci aurait permis aux Incas d’étudier l’acclimatation des céréales, tubercules et autres plantes servant à leur alimentation ainsi que de faire des croisements et des améliorations de certaines familles.

Architecture et sculpture

Les Incas étaient d’excellents architectes. Leurs constructions sont imposantes et ingénieuses, souvent orientées à des fins utilitaires. Le nombre de bâtiments et autres constructions réalisés est vraiment élevé. La forme trapézoïdale donnée aux portes et fenêtres des temples permet à l’édifice de résister beaucoup mieux aux tremblements de terre, très fréquents dans ces régions. En s’installant à Cusco, les espagnols ont d’ailleurs repris comme fondation de leurs bâtiments les restes des temples incas. Lors des nombreux séismes, les constructions ou fondations incas tenaient généralement mieux que les constructions espagnoles.

Les Incas utilisaient divers styles architecturaux, mais le plus connu est sans conteste celui utilisé par exemple pour le temple du Soleil de Cuzco ainsi que beaucoup d’autres bâtiments d’importance : le matériau principal était la pierre mais ils n’utilisaient pas de mortier pour les joindre entre elles. De grandes pierres polygonales étaient alors utilisées, s’emboîtant parfaitement les unes dans les autres sans laisser le moindre espace vide. On peut voir encore de nos jours de nombreux exemples de cet art architectural, parmi lesquels Sacsayhuaman la forteresse de Cuzco, ou encore les impressionnantes ruines du Machu Picchu.

Site Inca de Saksayhuaman

Site Inca de Sacsayhuaman

 

Machu Picchu.

Machu Picchu (du quechua méridional machu pikchu, “Vieille Montagne”) c’est le nom contemporain qui est donné à une llaqta (ancien village inca) construit principalement vers le milieu du siècle XV sur le promontoire rocheux qui unit les montagnes Machu Picchu et Huayna Picchu. Son nom original est Picchu ou Picho.

Selon des documents de la moitié du XVIe siècle, Machu Picchu est une des résidences de repos de Pachacútec (premier empereur inca, 1438-1470). Toutefois, c’est certainement l’une de ces meilleures constructions et le caractère évident cérémonial de la voix principal d’accès à la llaqta démontrerait que celle-ci a été utilisée comme sanctuaire religieux. Les deux utilisations, celui de palais et celui de sanctuaire, ne sont pas incompatibles. Quelques experts paraissent avoir écarté, par contre, l’hypothèse a caractère militaire, ce pourquoi les qualificatifs populaires de “forteresse” ; ou de “citadelle” ; pourraient avoir été dépassés.

Machu Picchu est considérée en même temps comme une œuvre maitresse de l’architecture et de l’ingénierie. Ses caractéristiques architectoniques et paysagistes particulières, et le voile de mystère qu’il a tissé à ses alentours une bonne partie de la littérature publiée sur le site, l’ont transformé en un des destins touristiques les plus populaires que la planète.

Machupicchu

Machu Picchu

Emplacement et accès.

Il se trouve à 13º 9′ 47 ” de latitude sud et 72º 32′ 44″ de longitude ouest. Formant partie du secteur du même nom, il se trouve dans la province d’Urubamba elle-même dans le Département du Cuzco, à 130 km de là.

Les montagnes Machu Picchu et Huayna Picchu font partie d’une grande formation orographique connue comme Batolito de Vilcabamba, dans la Cordillère Centrale de la Cordillère des Andes péruviens. Il se trouve dans la crique gauche appelé de Canon de l’Urubamba, connu anciennement comme Ravin de Picchu. Au pied des collines et pratiquement en les entourant, court la rivière Vilcanota-Urubamba (le Willka mayu ou “rivière sacrée” des incas). Les ruines incas se trouvent à mi-chemin entre les cimes des deux montagnes, à 450 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la vallée et à 2.438 mètres au-dessus du niveau de la mer. La surface construite est approximativement de 530 mètres de longueur par 200 de large.

Les ruines, proprement dites, sont comprises dans un territoire intangible du Système National des Aires Naturelles Protégés par l’État (SINANPE), appelé Sanctuaire Historique de Machu Picchu, qui s’étendu sur une surface de 32.592 hectares. Le Sanctuaire Historique protège une série d’espèces biologiques en danger d’extinction et plusieurs établissements incas, entre lesquels Machu Picchu est considéré comme le principal.

La zone archéologique est accessible depuis les chemins incas qui arrivent jusqu’à elle, ou bien en utilisant la route Hiram Bingham (qui monte la colline de Machu Picchu depuis la gare de train de Puente Ruinas, placée au fonds du canon).

La route mentionnée, toutefois, n’est pas intégrée au réseau national de routes du Pérou. On peut seulement y accéder par chemin de fer (quelque 3 heures depuis Cuzco). L’absence d’une route directe au sanctuaire de Machu Picchu est intentionnelle et permet de contrôler le flux de visiteurs à la zone, qui, vu son caractère de réserve nationale, est particulièrement sensible aux foules. Cela n’a pas empêché, toutefois, la croissance désordonnée (critiqué par les autorités culturelles) d’Aguas Calientes, qui vit pour et par le tourisme, parce qu’il y a des hôtels et des restaurants de différentes catégories dans ce lieu. Pour arriver à Machu Picchu par le principal Chemin Inca on doit faire une randonnée de quelque 3 jours. Pour cela il est nécessaire de prendre le train jusqu’au km 82 de la voie ferrée Cuzco – Aguas Calientes, d’où part le parcours à pied. Quelques visiteurs prennent un autobus local depuis Cuzco jusqu’à Ollantaytambo (par l’intermédiaire d’Urubamba) et de là prennent un transport jusqu’mentionné au km 82. Une fois là ils parcourent les voies du train jusqu’à couvrir les 32 km qu’il y a jusqu’à Aguas Calientes.

Climat

Le temps est chaud et humide pendant le jour et frais le soir. La température oscille entre les 12 et 24 degrés centigrades. La zone est en règle générale pluvieuse (quelque 1.955 mm annuels), spécialement entre novembre et mars. Les pluies, qui sont copieuses, sont rapidement alternées avec des moments de brillant solaire intense.

Histoire

Le ravin de Picchu, située à un demi – chemin entre la cordillère des Andes et la forêt amazonienne, a été une région colonisée par des populations de montagne, provenant des régions de Vilcabamba et de la Vallée Sacrée, à Cuzco, à la recherche d’une expansion de ses frontières agricoles. Les preuves archéologiques indiquent que l’agriculture est pratiquée dans la région depuis au moins 760 a. C.

Une explosion démographique fut donnée à partir de la Période Horizon Moyen, depuis l’année 900 de notre ère, par des groupes non documentés historiquement mais qui ont probablement été liés à l’ethnie Tampu de l’Urubamba. On croit que ces peuples pourraient avoir fait partie de la fédération Ayarmaca, rivaux des premiers incas de Cuzco. Dans cette période on développe considérablement le secteur agricole construit en plates-formes. Cependant, le placement spécifique de la ville qui nous occupe (la crête rocheuse qui unit les montagnes Machu Picchu et Huayna Picchu) ne présente pas de traces d’avoir eu des constructions avant le XVe siècle.

Epoque Inca (1438-1534)

Vers 1440, pendant sa campagne vers Vilcabamba, le ravin de Picchu a été conquis par Pachacútec, premier empereur inca (1438-1470). La situation de Machu Picchu a dû impressionner le monarque par ses caractéristiques particulières dans la géographie sacrée cusquenienne. C’est pour cela il avait construit là, vers 1450, un complexe urbain avec des constructions de grand luxe civiles et religieuses.

On croit que Machu Picchu a eu une population mobile comme la majorité des villages incas, les llactas, qui oscillait entre 300 et 1.000 habitants appartenant à une élite (probablement membres de ce qui est la panaca (la cour) de Pachacutec).

Machu Picchu n’était d’aucun point de vue un complexe isolé, ce pourquoi le mythe de la “ville perdue” ; et du “refuge secret” des empereurs incas manque de soutien. Les vallées qui confluaient dans le ravin formaient une région densément peuplée qui a spectaculairement augmenté sa productivité agricole à partir de l’occupation inca vers 1440. Les incas ont construit là beaucoup de centres administratifs, les plus importants ont été Patallacta et Quente Marque, et abondants de complexes agricoles formés par des terrasses de culture. Machu Picchu dépendait de ces complexes pour son alimentation, parce que les domaines du secteur agricole de la ville s’avèrent insuffisants pour approvisionner la population. La communication interrégionale était possible grâce a un aux réseaux de 8 chemins.

Au décès de Pachacútec, et en accord avec les coutumes réelles des incas, cette cité et le reste de ses propriétés personnelles passe à l’administration de sa cour, qui devait destiner les revenus produits au culte de la momie du roi défunt.

Epoque de transition (1534-1572)

La guerre civile inca (1531-32) et l’irruption espagnole à Cuzco en 1534 ont considérablement dû affecter la vie de Machu Picchu. La masse campagnarde de la région était composée principalement de mitmas, des colons de différentes nations conquises par les incas et emmenés à la force jusqu’à ce lieu. Ils ont profité de la chute du système économique cusquenien pour retourner à leurs terres d’origine. La résistance inca contre les Espagnols dirigé par Manco Inca dans 1536 a convoqué les nobles des régions proches à intégrer sa cour dans l’exile vers Vilcabamba, et c’est très probable que les principaux nobles de Picchu aient abandonné alors la ville. Des documents de l’époque indiquent que la région était pleine de village dépeuplés en ce temps.

Un autre document indique que l’Inca Titu Cusi Yupanqui, qui régnait alors à Vilcabamba, aurait appelés des frères augustins pour évangéliser “Pioche” vers 1570. On ne connait aucun lieu dans la zone comme “Pioche” que “Piccho» ou «Picchu”. Un soldat espagnol Baltasar de Ocampo a écrit à la fin du XVIe siècle sur un village “au sommet d’une montagne” bâtiment “sanctissimes” et contenait une grande Acllahuasi (Maison des élus) dans les dernières années de la résistance inca. La brève description de leur environnement nous fait revenir à Picchu. La chose intéressante est qu’Ocampo a dit que son nom est «PITC». Le seul endroit du même nom est “Vitcos” Vilcabamba Inca site complètement différent de celui décrit par Ocampo. L’autre candidat est naturellement Picchu. Aujourd’hui on ne sait pas si c’est le même endroit ou non. Ocampo a indiqué que ce lieu aurait vu naitre Tupac Amaru I, successeur  de Titu Cusi et dernier Inca de Vilcabamba.

Entre la Colonie et la République (du XVIIe au XIXe siècle)

Après la chute du royaume de Vilcabamba en 1572 et la consolidation de la puissance espagnole dans les Andes centrales, Machu Picchu est resté un endroit éloigné, loin de la construction de nouvelles routes et des centres économiques du Pérou. La région a été largement ignorée par le régime colonial (par ordonné la construction d’églises chrétiennes ou administrer dans aucun ville de la région), mais pas par les peuples andins. En effet, le secteur agricole de Machu Picchu semble avoir été complètement inhabité ou inconnue: des documents de 1657 et de 1782 se réfèrent à Machu Picchu, comme des terres agricoles. Ses bâtiments principaux, toutefois, de son aire urbaine, ne semblent pas avoir été occupés et a été envahi par la végétation forestière. 

Machu Picchu au XIXe siècle

En 1865, au cours de ses voyages de découverte à travers le Pérou, l’italien Antonio Raimondi naturaliste longe le pied des ruines sans le savoir et fait allusion alors à une région peu peuplée. Néanmoins, tout indique que c’est dans ces années où le secteur commence à recevoir des visites par des intérêts autres que purement scientifiques.

En fait une recherche en cours révèle de récentes informations divulguées sur un homme d’affaires allemand nommé Augusto Berns, en 1867, qui non seulement a «découvert» les ruines mais aurai fondé une société «minière» pour exploiter les prétendue «trésors» qui y étaient (la ” Compagnie Anonyme opérateur des Temples de l’Inca “). Selon cette source, entre 1867 et 1870 et l’avènement du gouvernement de José Balta, la société aurait opéré dans la zone et ensuite vendu « tout ce qu’elle trouve » aux collectionneurs européens et américains.

Connecté ou non cette société présumée (dont l’existence devrait être confirmée par d’autres sources et auteurs), il est certain que c’est dans ces moments où des cartes d’exploration minérale ont commencé à parler de Machu Picchu. Ainsi, en 1870, un américain, Harry Singer a placé sur une carte l’emplacement du mont de Machu Picchu et Huayna Picchu se référant comme « Punta Huaca Inca ». Le nom révèle une relation inédite entre les Incas et les montagnes et suggère même un caractère religieux (une huaca était un lieu sacré).

Une deuxième carte de 1874, préparé par l’Allemand Herman Gohring, et les lieux mentionnés à l’endroit exact. Enfin en 1880, l’explorateur français Charles Wiener confirme l’existence de vestiges archéologiques en place (dit «j’ai été informé sur d’autres villes, Huayna Picchu et du Machu Picchu”), mais n’arrive pas à l’endroit. En tout cas, c’est clair que l’existence de la prétendue «cité perdue» n’a pas été oublié, comme on le croyait jusqu’à quelques années …

La redécouverte du Machu Picchu

Les premières références directes aux visiteurs dans les ruines de Machu Picchu indiquent qu’Augustin Lizarraga, un locataire d’une terre de Cuzco, est venu sur le site le 14 Juillet 1902 guidant des cusqueniens Gabino Sanchez, Enrique Palma et Justo Ochoa. Les visiteurs ont laissé des graffiti avec leurs noms sur un mur du Temple de Trois Fenêtres qui a ensuite été vérifiée par plusieurs personnes. Il ya des rapports suggérant que Lizarraga avait visité le Machu Picchu, en compagnie de Luis Bejar dans les ruines en 1894. Lizarraga les a présentés aux «visiteurs», bien que la nature de leurs activités n’ont pas été jusqu’ici enquêtée…

Hiram Bingham, un professeur américain d’histoire, intéressé à trouver les derniers Incas de Vilcabamba entendu parler de Lizarraga et de ses contacts avec les propriétaires et les locaux. Il arriva ainsi a Machu Picchu le 24 Juillet 1911 dirigée par un autre locataire de terre, Melchor Arteaga, accompagné d’un sergent de la garde civile appelée Carrasco. Ils y rencontrèrent deux familles de paysans qui y vivent, les Recharte et les Alvarez, qui ont utilisé les plates-formes du sud des ruines pour cultiver et amenèrent l’eau potable d’un canal inca depuis une source.

Paul Recharte, l’un des enfants de Machu Picchu, a conduit Bingham à la «zone urbaine» couverts par la végétation.

Bingham a été très impressionné par ce qu’il a vu et manipulé les auspices de l’Université Yale, la National Geographic Society et le gouvernement péruvien de commencer immédiatement l’étude scientifique des sites. Ainsi, l’ingénieur Erdis Ellwood, l’ostéopathe George Eaton, la participation directe de Anacleto Alvarez et Toribio Recharte et un groupe d’employés anonymes de la région, ont conduit au Machu Picchu des travaux archéologiques dans la période de 1912 à 1915 au court de laquelle il a été effacé les mauvaises herbes et des tombes incas ont été excavés à la périphérie de la ville.

La “vie publique” de Machu Picchu commence en 1913 avec la publication de la présente dans un article du magazine National Geographic. Alors il est clair que Bingham ne découvrit pas Machu Picchu au sens strict du terme (personne n’a jamais vraiment cru qu’il s’est “perdu”), il a certainement eu le mérite d’être la première personne à reconnaître l’importance des ruines, l’étudiant avec une équipe multidisciplinaire et la diffusion de leurs résultats. Ceci avec la controverse du fait que les moyens employés ne sont pas des critères archéologiques qui ne sont pas les plus appropriées du point de vue d’aujourd’hui, bien que et aussi la controverse d’aujourd’hui qui implique plus que le départ irrégulier des matériels archéologiques (composé d’au moins une 46 332 pièces) et c’est seulement en Mars 2011 qui a commencé à être retourné au Pérou, après une intervention au tribunal de La Haye.

Le Machu Picchu depuis 1915

Entre 1924 et 1928 Martin Chambi et Juan Manuel Figueroa ont fait une série de photographies au Machu Picchu qui ont été publiées dans diverses revues au Pérou permettant un élargissement de l’intérêt local pour les ruines et en devenant un symbole national. Depuis l’ouverture en 1948 d’une route pour les véhicules, qui gravi les pentes de la montagne depuis les ruines de la gare, le Machu Picchu est devenu la principale destination touristique du Pérou.

Pendant les deux premiers tiers du XXe siècle, cependant, l’intérêt pour l’exploitation touristique a été plus importante que la conservation et l’étude des ruines, où les chercheurs n’ont pas empêché certains progrès notables dans la résolution des mystères de Machu Picchu, en soulignant en particulier le travail Viking dirigé par Paul Féjos effectué sur les sites dans l’environnement de Machu Picchu («découvrant» plusieurs endroits sur le chemin de l’Inca de Machu Picchu) et les enquêtes de Luis E. Valcárcel soulignent pour la première fois que le site est lié avec Pachacutec. C’est à partir des années 1970 que les nouvelles générations d’archéologues (Chavez Ballon, Lorenzo Ramos Condori, Zapata, Sanchez, Valence, Gibaja), historiens (Glave et Remy, Rowe, Angles), les astronomes (Dearborn, Blanc, Thomson) et les anthropologues (Reinhard, Urton) sont responsables de l’enquête sur les ruines et son passé. L’établissement d’une zone de protection écologique autour des ruines en 1981, l’inclusion du Machu Picchu comme un membre de la Liste du patrimoine mondial en 1983 et l’adoption d’un plan directeur pour le développement durable de la région en 2005 ont été les jalons les plus importants dans l’effort pour préserver le Machu Picchu et ses environs. Mais ces efforts ont conspiré contre certaines mauvaises restaurations partielles dans le passé, incendies de forêts …

Description de Machu Picchu.

La zone construite au Machu Picchu est de 530 mètres de long sur 200 de large et comprend au moins 172 campus. Le complexe est clairement divisé en deux zones principales: la zone agricole, composé de séries de terrasses agricoles, qui se trouve au sud, et la zone urbaine, ce qui est, bien sûr, celui où les occupants ont vécu et où certaines des principales activités civiques et religieuses avaient lieu Les deux zones sont séparées par un mur, un fossé et un escalier, qui courent parallèlement à l’Est. Une partie importante des ruines que vous pouvez voir aujourd’hui, sont en fait des reconstructions récentes, comme le montre la comparaison des images obtenues dans les années 1910 à aujourd’hui.

Zone agricole.

Les terrasses agricoles, de Machu Picchu ressemblent à de grands escaliers construient sur la colline. Ces structures sont formées par un mur de pierre et remplies de différentes couches de matériaux (pierres, petites pierres, gravier, argile et de terres agricoles) pour faciliter le drainage, empêchant l’eau d’y pénétrer (à noter les grandes précipitations dans la région) et sa structure de s’effondrer. Ce type de construction a permis de cultiver jusqu’à la première décennie du XXe siècle. D’autres plateformes sont moins larges au bas du Machu Picchu, tout autour de la ville. Sa fonction n’était pas l’agriculture mais de servir de murs de soutènement. Cinq grands bâtiments sur les plates-formes sont situés à l’est du Chemin de l’Inca de Machu Picchu qui arrive du sud, ont été utilisés comme entrepôts.

Zone urbaine.

Un mur d’environ 400 mètres de long divise la zone agricole de la ville. Le mur est parallèle à une «fosse» qui est utilisée comme le principale drainage de la ville. Au sommet du mur est la porte vers le Machu Picchu, qui avait un mécanisme de verrouillage interne.

La zone urbaine a été divisée par les archéologues dans des groupes de bâtiments connus par un nombre entre 1 et 18. Le schéma est toujours valide, dessiné par Chavez Ballon en 1961 qui se divise en un secteur Hanan (élevé) et un autre Hurin (bas) selon la bipartition traditionnelle de la société andine et de la hiérarchie. L’axe physique de la division est un carré long, construit en terrasses sur différents niveaux en fonction de la pente de la montagne. Le deuxième axe important de la ville forme une croix avec le précédent, traversant presque toute la largeur des ruines d’est en ouest, se compose de deux éléments: un long et large escalier qui sert de «rue principale» et parallèlement on trouve un ensemble de fontaines d’eau. À l’intersection des deux axes sont situés la résidence de l’Inca le temple-observatoire de la tour et les sources d’eau. 

Orfèvrerie et métallurgie

La métallurgie inca a été influencée par l’orfèvrerie des Chimú et la métallurgie du plateau. Les artisans incas ont intensivement utilisé le bronze (alliage cuivre et étain) comme principal matériel dans la manufacture des objets utilitaires et militaires (massues brisées). L’or et l’argent, d’autre part, ont été utilisés pour la confection d’objets rituels (figurines zoomorphes). Les figurines zoomorphes sont les formes typiques de l’orfèvrerie inca. Ils représentaient les flamands, vigognes et alpagas. Les chercheurs assurent que ces figurines zoomorphes faisaient partie des offrandes qui étaient livrées aux dieux pour assurer la fertilité du bétail. Dans les documents du siècle XVI on informe que les meilleurs orfèvres de l’empire (spécialement ceux provenant de la côte nord) étaient transférés a Cusco pour élaborer des bijoux et des objets somptuaires pour l’élite et l’inca. La présence de ces colonies d’orfèvres a fait qu’apparaissent des styles hybrides qui mélangeaient les styles cusqueniens avec les provinciaux, par exemple, les Chimú-Inca keros. Les métaux ont été fondus dans de petits fours de boue connus comme huairas (vent en quechua). Selon. Il s’agissait d’un petit four et portatif de boue avec forme de pyramide tronquée. Il mesurait 90 centimètres de large haut, de 45 et de 30 de base. Au pied du four, comme container, on reprenait le métal fondu et la scorie. Sa combustion était assurée avec du fumier ou du charbon de bois, et le feu était avivé par le vent qui pénétrait par les trous de ses parois. Les Inca ont découvert le vermeil qui n’est pas un alliage, mais de l’argent recouvert d’or.

Médecine

Les connaissances incas étaient également remarquables en médecine, étant dans certains domaines en avance par rapport aux connaissances européennes. L’utilisation de nombreuses plantes, dont ils avaient une très bonne connaissance, leur permettait de guérir de nombreuses maladies et de soulager diverses souffrances, comme par exemple la quinine pour traiter la malaria. Les Incas pratiquaient également la chirurgie, notamment les trépanations crâniennes (on a retrouvé dans des nécropoles des incas, un ou plusieurs crânes trépanés); ils utilisaient la coca comme anesthésiant entre beaucoup d’autre qualité de cette plante.

Astronomie

Dans les Andes centrales, des cultures pré-incas ont effectué des œuvres comme les Lignes de Nazca, ou la Porte du Soleil a Tiahawanaco. En réalité, il en reste encore beaucoup à découvrir dans le même genre. Actuellement des scientifiques du monde entier reviennent en Amérique, car malgré le pillage effectué par les conquérants européens, il est, sans aucun doute, possible de mettre à jour beaucoup de choses. On ne peut nier que le peuple Inca est l’empire représentatif d’Amérique du Sud.

C’est précisément à Cuzco, où beaucoup de chercheurs ont trouvé des documents de colonisateurs espagnols qui décrivent le Temple du Soleil, duquel irradiaient quarante et un axes appelés ceques, dont la disposition impliquait des alignements géomantiques ou astronomiques, qui divisèrent la vallée en 328 huacas lesquelles accomplissaient des fonctions rituelles et politiques. Les Incas connaissaient la révolution synodique des planètes. Ils ont utilisé des éléments comme points de repère pour effectuer des observations astronomiques. Les Chibchas connaissaient la constellation d’Orion et reconnaissaient la relation entre le lever héliatique des Pléiades et de Sirius avec le début de la saison de pluies.

Les Incas étaient capables de voir les solstices ou équinoxes et leur calendrier à la fois lunaire et solaire leur permettait de gérer les cycles agricoles. Le calendrier consistait durant une année solaire de 365 jours, distribués dans 12 mois de 30 jours et avec 5 jours intercalés. Pour fixer les dates précises de l’année et les mois, Pachacútec a disposé la construction 12 tours ou piliers situés à l’Est de la llacta de Cusco, appelés sucangas. Les Incas donnaient beaucoup d’importance aux constellations et étaient très intéressés la mesure du temps afin d’organiser le calendrier agricole ainsi que leur culture. Ils possédaient leurs constellations propres entre lesquelles, on souligne la Croix du Sud et le Centaure. Pour eux la voie lactée était ternie par des nuages noirs de charbon. L’Astronomie a joué un rôle très important pour la construction des villes.

La Conquête du Pérou (1532-1542)

Lorsque les troupes de Francisco Pizarro arrivèrent en 1531 sur les côtes de l’Equateur, il profita de l’affaiblissement de l’empire inca. En 1532, Atahualpa, rencontrent les Espagnols sur la place Cajamarca. Ceci dit, bien qu’il pense avoir gagné la “guerre de succession”, il n’est pas encore considéré comme l’Inca, et n’a pas reconstruit le monde à sa manière. En effet, il n’avait pas créé de liens familiaux avec les peuples soumis et n’était pas encore arrivé à Cusco, centre de l’empire. (Huayna Capac aurait eu un certain nombre d’épouses à cause de ces liens familiaux avec les divers groupes ethniques, Atahualpa était le fils d’une princesse de Quito et de Huayna Capac). Beaucoup d’historien parlent de « guerre de succession », alors que l’on était semble-t-il loin d’une vraie guerre, au sens propre du terme. Certains avancent l’idée que le royaume serait resté coupé en deux, Atahualpa au nord depuis Quito, et Huascar, au sud à Cusco.

Les espagnols, avec l’aide de groupes ethniques opposés à la domination de Cusco ou simplement opposés à la règle Atahualpa qui était en faveur de Huascar (l’autre fils de Huayna Capac), étaient stationnés de façon stratégique à travers la ville andine de Cusco.

Ainsi, Atahualpa est entré, porté sur une civière, suivie par le curaca de Chincha, également sur une civière en raison de son important statut, avec son énorme cortège de nobles de Cuzco, prêtres, vierges du soleil, musiciens, danseurs, des serviteurs divers: des gens balayaient la route pour le passage d’Atahualpa, d’autres jetaient des fleurs, suivait ensuite l”Inca dans sa civière et ses suivants, puis venaient enfin quelques guerriers choisis ( l’armée principale ne s’aventure pas dans la veille et reste à la périphérie).

Ainsi, Le 16 novembre 1532, les Espagnols prirent contact avec l’Inca lui demandant de se soumettre à la volonté du roi d’Espagne. Après que l’Inca ai jeté la Bible, les espagnols l’attaquèrent, lui et son entourage, tuant tous ceux qui se dressait entre eux et l’Incas. Après un massacre sanglant, il fut fait prisonnier.

De ce fait, les membres de l’élite cusquénienne qui eurent la chance de gagner du pouvoir au sein des différents groupes éthniques, entrèrent en négociation avec les espagnols ( avec Cusco et d’autres nobles ). Cela a produit une situation d’incertitude parmi les peuples, dans laquelle de nombreux groupes ethniques ont été à l’origine d’une insurrection, alors ceux ci n’hésitèrent pas à soutenir ce mouvement nouvellement fondé.

Ainsi, les anciens ennemis de l’empire, (qui étaient les Huancas, les Chachapoyas, et les Canari) ont soutenu le mouvement avec des guerriers, l’hébergement dans leurs villages, des guides et tout ce dont ils avaient besoin pour se débarrasser de la domination inca.

En 1533, Atahualpa a été exécuté. Les Espagnols et leurs nouveaux alliés parcourent l’empire vers le sud, étant reçus avec enthousiasme par les Huancas dans la Ville Khatun  Xauxa (Jauja). Ils Arrivèrent à Cuzco en 1534 après avoir réussi à affronter les troupes de Manco Inca (noble Inca, fils de Huayna Capac et adversaire d’Atahualpa) nouveau souverain d’un empire démembré.

Manco Inca, après l’obtention du trône, s’affronte aux espagnols pour leurs pillages constants de temples et de palais à la recherche d’or. Il mit Cusco en état de siège (alors dominé par les Espagnols et leurs alliés) et la ville nouvellement fondée de Lima, en plus d’envoyer une expédition «punitive» contre les Huancas pour sa «trahison» de l’empire. Après des mois de siège, les Espagnols et leurs alliés brisent le siège de Cuzco et après la bataille de Sacsayhuaman reprennent le contrôle de la ville.

Les armées incas attaquant Lima, décrochent. En perdant son autorité et son empire (dont toutes les provinces sont devenues indépendante du nord au sud, celles de Cuzco étant les seuls fidèles) Manco Inca se retire dans son fief de Vilcabamba dans les montagnes au nord de Cuzco. La, ils résistent lui et ses descendants jusqu’en 1572, l’année où le dernier Inca, Tupac Amaru, est finalement capturé et emmené à Cuzco, où il fut exécuté.

Catastrophe démographique

Cependant, l’événement le plus important de ces années est le déclin dramatique de la population  enregistrée dans les Andes centrales. Pendant les années de la conquête et du début du régime colonial, de grandes épidémies (maladies apportées par les Européens pour les Andes avait aucune défense naturelle) ont dévasté la population de la Cordillère des Andes.

On croit que Huayna Capac (et son premier héritier, Ninan Coyuchi, dont la mort subite aurait déclenché la guerre civile) sont morts de la variole. Les chroniqueurs de la conquête (Cieza de León, par exemple, dans sa tournée de la côte péruvienne) ont enregistré le témoignage d’un dépeuplement massif des territoires andins. Certains suggèrent que la population andine était de 9 millions avant l’invasion européenne et 100 ans plus tard, n’était plus que de 600 000 habitants. Cela aurait contribué à une diminution dans le produit du taux de natalité des profonds changements sociaux qui ont marqué l’étape suivante.

Le Pérou Vice-Royal.

Par les Capitulations de Tolède, que Pizarro avait signé avec la couronne espagnole en 1529 ont indiqué qu’il pourrait gouverner au nom du roi toutes les terres au sud (jusqu’à 250 miles) de Tumbes. Puis l’autre leader des conquistadores Diego de Almagro, obtiendrait le même statut dans les territoires du sud du gouvernorat de Pizarro. Toutefois, la limite était de près de Cuzco, ce qui a fait que les deux côtés réclament la possession de la capitale de l’Empire Inca. Ce fut le début (1538) d’une longue période de luttes intestines entre les conquérants, où non seulement pour les territoires contestés, mais pour les droits (les haciendas et autres domaines terrestres) et des privilèges, parfois seulement entre eux, parfois contre la couronne. La Couronne espagnole impose enfin son autorité, attestant que le Pérou serait une vice-royauté de l’Espagne. Ainsi a été créé un tribunal à Lima, où les vice-rois gouvernent une grande partie de l’Amérique du Sud de façon constante entre 1544 et 1821. Depuis le dernier tiers du XVIIIe siècle ont été crée de nouvelles vice-royautés avec les territoires séparatistes de la vice-royauté du Pérou.

L’ordre Vice-Royal.

La société coloniale était conservatrice et classique. Les enfants espagnols nés en Amérique (criollos) avaient un statut inférieur aux propres espagnols, et ont été empêchés d’accéder aux plus hautes fonctions. En dessous d’eux, sur l’échelle sociale étaient les Indiens et les métis. Seuls les chefs andins gardèrent une partie de leurs anciens privilèges et méritèrent des institutions spéciales telles que des écoles pour les enfants des nobles. Les esclaves furent importés d’Afrique équatoriale et ont été placés dans le bas de l’échelle de la société.

Certaines institutions Incas ont été maintenues mais corrompues au détriment de la population andine. La mita, par exemple, a été utilisé comme une excuse pour recruter du personnel pour le travail non rémunéré dans les mines et les haciendas. Mais ils n’étaient pas les seuls problèmes de la région andine. Pendant le règne du vice-roi Francisco de Toledo (1569-1581) il eut des réorganisations forcées des communautés andines dans les villages indiens appelés réductions. Outre la religion catholique a été imposée à la population andine au moyen d’une évangélisation agressive caractérisée par la destruction systématique des sanctuaires et symboles (suppression de l’idolâtrie).

Le mercantilisme prévaut et le libre échange n’a été autorisée que jusqu’au milieu du XVIIIe siècle et n’a pas empêché l’existence de la contrebande dans l’abondance. L’excellence du centre commercial était la douane de Callao, le port de Lima, d’où partait en l’Espagne (via Panama) argent extrait des mines d’argent de Potosi. En fait, l’extraction des métaux a été l’activité la plus lucrative de l’économie coloniale, mais aussi l’agriculture a été importante (grandes propriétés contrôlées par des familles riches et les ordres religieux) et l’industrie textile (usines). Depuis l’époque des conquistadors se fondait des villes nouvelles, dont certaines ont atteint une splendeur enregistrée dans la richesse de leurs temples, comme Arequipa, Huamanga (Ayacucho), Huancavelica, Trujillo, Zana et villes inca refondées de Cuzco et Cajamarca.

La Vice-royauté du Pérou commença en 1650 jusqu’a 1816. Les Espagnols instituèrent le système de l’encomienda : les autochtones devaient payer un tribut, dont une partie allait à Séville et les Espagnols étaient chargés de les christianiser. En tant que gouverneur du Pérou, Pizarro abusa de l’encomienda en accordant à ses soldats et compagnons un pouvoir quasi illimité sur les amérindiens qui furent obligés de s’occuper du bétail et des plantations de leurs nouveaux seigneurs venus d’Europe. Les tentatives de résistance furent sévèrement punies, ce qui donna naissance à la Légende noire. En 1541, Pizarro fut assassiné par une faction menée par Diego de Almagro, surnommé el Mozo. Une nouvelle guerre civile éclata. En 1542, l’année suivante la Vice-royauté du Pérou fut instituée pour administrer la majeure partie de l’Amérique du Sud. En 1717, la vice-royauté de Grenade fut formée : elle regroupa la Colombie, l’Equateur, le Panama et le Venezuela. En 1776, une nouvelle vice-royauté vit le jour, la vice-royauté du Río de la Plata : elle regroupait l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay. En 1544, l’Espagne pour réagir aux luttes intestines qui suivirent l’assassinat de Pizarro, envoya Blasco Nuñez Vela en tant que premier vice-roi. Il sera à son tour tué par Gonzalo Pizarro, le frère du premier Pizarro. Finalement, un nouveau vice-roi, Pedro de la Gasca parvint à restaurer l’ordre et exécuta Gonzalo Pizarro après sa capture. Le recensement sous le dernier Quipucamayoc indiquait qu’il y avait 12 millions d’habitants dans l’empire inca. 45 années plus tard, le recensement du vice-roi Toledo, montrait qu’il restait 1,1 million d’indigènes. Les villes Incas reçurent des noms catholiques et furent reconstruites selon le modèle espagnol. Elles comportaient une place centrale (plaza) et une église ou cathédrale en face d’un bâtiment officiel. Quelques villes, telles Cusco gardèrent leurs fondations d’origine inca. Certains sites incas, tel Huanoco Viejo furent abandonnés au profit de villes à plus basse altitude.

Après l’établissement de la vice-royauté du Pérou, l’or et l’argent enrichit les conquistadores. Le Pérou devint l’une des premières sources de la richesse pour l’Espagne. La ville de Lima fondée par Pizarro, le 18 janvier 1535 sous le nom de Ciudad de los Reyes (“la ville des rois”), devint la capitale de la vice-royauté et une ville puissante qui avait sous sa juridiction toute l’Amérique du Sud à l’exception du Brésil dominé par les Portugais. Toutes les richesses coloniales passaient par Lima, puis par l’isthme de Panama avant d’arriver à Séville, en Espagne. Au niveau local, les encomenderos étaient sous l’autorité des curacas. Une pyramide hiérarchique permit ainsi de contrôler toutes les villes et villages. Au XVIIIe siècle, Lima abritait une université et était la principale place forte de l’Espagne sur le continent américain. Durant la vice-royauté, les Incas ne furent pas complètement éliminés. Par exemple, quatorze grandes révoltes éclatèrent, rien qu’au XVIIIe siècle. Parmi celles-ci, citons celle de Juan Santos Atahualpa en 1742 et celle de Tupac Amaru en 1780.

 

République

Le mouvement d’émancipation de la colonie débuta avec le soulèvement des propriétaires terriens d’origine espagnole. L’Argentin Jose de San Martin et le Vénézuélien Simon Bolivar étaient à la tête des troupes rebelles. Après avoir débarqué dans la baie de Paracas avec une armée composée en grande partie de Chiliens et d’Argentins, San Martín s’empare de Lima et déclare, le 28 juillet 1821, l’indépendance du Pérou vis-à-vis de l’Espagne.

L’émancipation, c’est-à-dire l’affranchissement pour les grands propriétaires terriens de l’autorité de la couronne espagnole, devint effectif en décembre 1824, lorsque le général Antonio Jose Sucre battit les Espagnols dans la bataille d’Ayacucho. Après la victoire le 9 décembre 1824, une scission sépara le pays en haut Pérou resté fidèle à Bolivar qui prit le nom de Bolivie et bas Pérou, à peu de choses près le Pérou actuel et eu lieu la guerre Colombie-Pérou (1828-1829).

Les conflits frontaliers entre le Pérou et l’Equateur débutèrent à partir des années 1830. Quatre guerres éclatèrent entre ces pays entre 1858 et 1995, 1858-1860 ; 1941-1942; la guerre du Paquisha en 1981 et Guerre du Cenepa en 1995. Malgré la domination d’une oligarchie de propriétaires terriens, l’esclavage des noirs et le tribut des indiens furent abolis par la dictature de Ramon Castilla (1845-1851 et 1855-1862). La vie politique était une succession de coups d’État et de dictatures. L’Espagne n’abandonna pas complètement et fit encore de vaines tentatives comme lors de la bataille de Callao. Elle reconnut finalement l’indépendance du Pérou en 1879.

Après la reconnaissance de l’indépendance, le Pérou mena aux côtés de la Bolivie la Guerre du Pacifique. Ce conflit l’opposait au Chili et lui fit perdre les provinces de Tacna et d’Arica (traité d’Ancon du 20 octobre 1883). La province de Tacna fut restituée au Pérou en 1929 ce qui mit fin aux différents entre le Chili et le Pérou. Les conflits territoriaux ne cessèrent pas pour autant, comme l’attestent les confrontations militaires de 1941 et de 1981.

XXe siècle

La constitution de 1933 réservait le droit de vote aux citoyens alphabétisés, qui en 1960, ne représentaient encore que le tiers de la population adulte. Les Indiens, presque la moitié de la population, restaient des exclus et vivaient de façon misérable. L’Alliance populaire révolutionnaire américaine (Alianza Popular Revolucionaria Americana) fondée par Victor Raul Haya de la Torre en 1924 s’implanta rapidement et fut mise hors la loi en 1933 par Oscar R. Benavides qui resta président jusqu’en 1939. Entre 1932 et 1933 a lieu la guerre avec la Colombie.

Peu de temps après les États-Unis, le Pérou déclara la guerre à l’Allemagne, malgré les félicitations adressées par Hitler pour les quelques parachutistes péruviens ayant pris un port équatorien.

À nouveau autorisée en 1945, l’Alliance populaire révolutionnaire américaine soutint le président Jose Luis Bustamante y Rivero (1945/48) qui, renversé par le coup d’État militaire du général Manuel A. Odria d’octobre 1948, et augura le début d’une dictature.

Des élections sont pourtant organisées en 1962, et remportées par le candidat apriste Victor Raul Haya de la Torre. Toutefois, un coup d’Etat militaire dirigé par le général Ricardo Perez Godoy empêcha le respect de la légalité. La junte organisa à nouveau des élections l’année suivante, qui furent remportées par Fernando Belaunde Terry, fondateur de l’Action Populaire, qui demeura en place jusqu’en 1968.

Le 3 octobre 1968, le coup d’État réformiste mené par un groupe d’officiers dirigés par le général Juan Velasco Alvarado amène l’armée au pouvoir dans le but d’appliquer une doctrine de « progrès social et développement intégral », nationaliste et réformiste, influencé par les thèses de la CEPAL sur la dépendance et le sous-développement. Six jours après le coup d’état, Velasco procède à la nationalisation de l’International petroleum corporation (IPC), la société nord-américaine qui exploitait le pétrole péruvien, puis lance une réforme de l’appareil d’État, une réforme agraire mettant fin aux latifundios et exproprie de grands propriétaires étrangers. Le Pérou souhaite s’affranchir de toute dépendance et mène une politique extérieure clairement tiers-mondiste.

En 1980 Fernando Belaunde Terry retrouvait le pouvoir en remportant l’élection présidentielle.

Alan Garcia Perez, candidat du parti Alliance populaire révolutionnaire américaine, lui succéda le 28 juillet 1985. C’était la première fois qu’un président démocratiquement élu remplaçait un autre président démocratiquement élu en 40 ans. Les mesures prises par Alan Garcia Perez en économie menèrent à une hyperinflation de 1000 % entre 1988 et 1990. En 1990, les Péruviens étaient inquiets des attaques terroristes du Sentier lumineux et des scandales de corruption, les électeurs choisirent ainsi Alberto Fujimori, un mathématicien, japonais d’origine, relativement peu connu reconverti dans la politique.

Pour lutter contre l’inflation, Fujimori adopta des mesures d’austérité très sévères. Il parvint à faire passer l’inflation de 650% en 1990 à 139% en 1991. En raison de l’opposition des députés à ces réformes, il dissout le 4 avril 1992 le Congrès et modifia la constitution. Il organisa ensuite des élections législatives, engagea des réformes économiques : privatisant de nombreuses entreprises publiques, initiant un climat d’investissement plus favorable et une meilleure gestion. En revanche, sa présidence fut fortement marquée par l’autoritarisme, l’usage d’escadrons de la mort, la répression politique et la promulgation d’une législation antiterroriste. Il a aussi mis en place un programme de stérilisations des indigènes.

Alberto Fujimori (source: larevistavision.com)

Alberto Fujimori (source: larevistavision.com)

Alberto Fujimori se fit réélire en 1995. Mais en novembre 2000, destitué pour corruption, il s’enfuit au Japon. Valentin Paniagua Corazao fut nommé pour le remplacer provisoirement et des élections furent organisées en avril 2001. Alejandro Toledo Manrique les remporta le 28 juillet 2001.

XXIe siècle

Notamment en raison de scandales, le président Toledo fut contraint de procéder à des remaniements de cabinets. De plus, Toledo devait s’allier à d’autres partis pour avoir la majorité. En mai 2003, Toledo déclara l’état d’urgence, suspendit certains droits civils et accorda des pouvoirs aux militaires pour restaurer l’ordre dans les 12 régions après des grèves menées par des enseignants et agriculteurs. Par la suite, l’état d’urgence fut assoupli et ne se limita qu’à quelques régions où on soupçonnait le Sentier Lumineux d’agir.

Peu de temps avant les élections d’avril 2006, l’ancien président Alberto Fujimori fut arrêté au Chili alors qu’il tentait de rejoindre le Pérou pour se présenter à la présidence. Il fut extradé, et finalement condamné le 7 avril 2009 à 25 ans de prison par le tribunal de Lima notamment pour violations des droits de l’homme. On l’accusait, entre autres, d’avoir dirigé les opérations de l’escadron de la mort, le Groupe Colina de 1990 à 1994 et de meurtres et d’enlèvements alors qu’il était en fonction.

L’ancien président Alan Garcia du parti apriste remporta la victoire et prit ses fonctions le 28 juillet 2006. Il fut confronté notamment aux mouvements indigénistes luttant contre des firmes pétrolières (Pluspetrol et Petroperu). En août 2008, García déclara l’état d’urgence dans les provinces de Cusco, Loreto et Amazonas. Les protestations cessèrent lorsque l’Association interethnique du développement de la jungle, dirigée par Alberto Pizango, convint en septembre le Congres d’abroger les deux lois, créées par décret présidentiel d’Alan García, ouvrant les terres indigènes à l’exploitation pétrolière.

De nouveaux heurts eurent lieu en juin 2009, faisant selon la presse 34 morts : 25 membres des forces de l’ordre pris en otage et neuf civils. Le bilan a été contesté dans le nord-est, à Bagua. Quatre jours après, Pizango, accusé de sédition, se réfugiait à l’ambassade du Nicaragua et demandait l’asile. Selon le Comite pour l’annulation de la dette du tiers monde, qui parle de « massacre » opéré en représailles par la police nationale du Pérou sur ordre du président Alan Garcia, « au moins cinquante personnes, majoritairement indigènes, ont été tuées ». Ollanta Humala Tasso, candidat du parti nationaliste péruvien, lui succéda le 28 juillet 2011.

Ollanta Humala Tasso, président jusqu'en 2016 (source: andina.com.pe)

Ollanta Humala Tasso, président jusqu’en 2016 (source: andina.com.pe)